vendredi 27 mai 2011

LA FRANCE PRISE DANS LE PIEGE RACISTE

Le racisme est un piège qui guette les nations, malheur à celles qui s’y laissent prendre. Il y a près de soixante dix ans, l’une des plus grandes pourtant, et des plus prestigieuses, en a fait la redoutable expérience, et elle à entraîné avec elle la planète toute entière, dans des convulsions qui vaudront à notre humanité, cinquante cinq millions de morts, et un océan de cruautés et d’indignités indicibles. Jamais il ne fut malheur plus grand sur cette Terre.

Certaines nations telles que les Etats-Unis d’Amérique et l’Afrique du Sud, dans une lutte affichée contre un fléau qui accompagna malheureusement leur fondation même, tentent de s’en défaire et progressent en ce sens, même si ces avancées peuvent paraître encore bien insuffisantes. Mais certaines comme la France, auxquelles ce phénomène n’est pas étranger, parce qu’elles en ont historiquement toujours entretenu le ferment, mais dans lesquelles le discours des humanistes avaient empêché qu’elles ne s’y livrent sans retenue, ont remisé ces humanistes sur les étagères poussiéreuses des bibliothèques, et se délectent de l’ivresse trompeuse que dans un premier temps, procure le poison.

Car, qu’il est réconfortant et agréable en effet, face aux inextricables difficultés sociales qui frappent fatalement les peuples qui, par maladresse, ont manqué aux “observations”, c’est à dire de “prévoir” aux formes nouvelles que devaient prendre leur société, pour satisfaire aux exigences du temps, que de se dire pour ceux-ci, qu’ils ne sont en rien mis en cause, mais qu’ils subissent les désordres que leur infligent ceux venus d’ailleurs établis sur leur sol, et que la suppression de ces “fauteurs”, entraînera ipso facto, la suppression de toutes ces difficultés.

Dans ces temps de doute, qui sont la conséquence d’une incapacité gouvernementale affligeante, laquelle tient essentiellement aux voies nouvelles d’accès aux responsabilités, qui favorisent des carriéristes sortis de grandes écoles, et ne constituent en aucune façon des instruments de promotion de véritables vocations, cette formule d’un apparent bon sens, “supprimons les fauteurs de trouble pour en finir avec les troubles”, emporte pour des millions de gens, la seule espérance crédible d’un règlement possible de leurs problèmes.

Or, si les abominations de la deuxième guerre mondiale, guerre raciale, peuvent de moins en moins être rapportées par des témoins directs, afin de notre alerte, plus près de nous, les monstruosités des guerres du Ruanda, de l’ex-Yougoslavie, et du soudan, entre autres, guerres raciales également, ne pouvaient pas laisser de véritables responsables de la nation, baisser la garde à ce sujet. Car au cours de ces événements inqualifiables, il est clairement apparu que les zones d’ombre des “profondeurs insondables” de la nature humaine, peuvent constituer des sources intarissables, et non maîtrisables, de cruautés.

Notre malheur c’est que ce sont précisément ceux qui, par la combine et la propagande, sont parvenus à se hisser aux plus hautes responsabilités de l’état, apprentis sorciers minables mais dangereux, dans leur quête obsédée d’un pouvoir orgiaque, et fascinés par la redoutable efficacité sur les esprits, des trompettes du sectarisme, qui aujourd’hui s’emploient à pousser la nation au bord d’un gouffre, qu’une pichenette, c’est à dire une énième bavure du fond d’un commissariat dans une banlieue perdue, suffira pour l’y précipiter. Et cela, dans l’espoir que le plus “petit” d’entre eux soit à nouveau couronné, serait-ce comme “roi des lâches”, pourvu simplement qu’il porte couronne, et que ses commis soient nommés princes, sous des clameurs haineuses.

Les affrontements liés à cette question de la race, ne datent pas d’aujourd’hui, et ont ensanglanté bien des sociétés en en ternissant le lustre. Mais il s’est vérifié qu’à chaque fois, ce “mépris” des autres par les uns, ne se nourrissait que d’une “méprise” totale quant à ce qu’étaient réellement ces autres, et que la postérité s’en est venue punir d’une façon humiliante pour eux, la prétention de ceux qui un instant, se sont crus supérieurs aux autres. Ne pas s’envisager dans la logique d’une longue histoire de notre humanité, et ne pas comprendre que celle-ci étant “une”, toute hiérarchisation établie entre ses parties, n’avait aucun sens, puisque celles-ci étaient tout simplement immanquables les unes des autres, tel est le problème.

Les différentes sociétés humaines, qui tendent à se centrer sur elles-mêmes, par le fait de la force centripète des affinités qui leur vaut justement d’être constituées en communautés, auront presque toujours manqué de prendre en considération cette évidence, à savoir qu’elles n’ont en aucune façon pu être à l’origine d’elles-mêmes, et qu’elles ne peuvent davantage se succéder à elles-mêmes. Ceci signifie qu’elles ont forcément hérité d’autres dont elles se sont constituées, et qu’à l’autre extrémité de leur détermination temporelle, puisque évidemment, elles ne se peuvent en éternité, elles ont vocation à transmettre à d’autres qui se feront d’elles. Dès lors, puisqu’elles doivent fatalement leur “détermination” à d’autres, et compte tenu que l’acception “temporelle” de ce terme, est indissociable de son acception “intentionnelle”, ceci revient à dire clairement, même si cette notion “cosmologique” pourra en surprendre certains, que leur “intention” étant constituée par le fait d’autres, leur “félicité” ne leur est strictement pas réductible, et que s’il n’était ces autres sociétés, de leur passé, mais aussi, même si cela surprendra, de leur avenir, elles ne se seraient pas réalisées comme telles.

Notons au passage que ce qui vient d’être évoqué ici en parlant d’avenir, est une notion totalement étrangère à la pensée occidentale. Celle-ci demeure en effet convaincue de l’aspect aléatoire de la réalisation de notre univers, et par là, des développements du temps, ce qui lui rend problématique la compréhension des autres peuples obsédés eux, par la “prévision”. Car, ceux-ci comprennent bien et depuis toujours, qu’un avenir qui “l’explique”, participe aussi certainement à la définition du “présent”, qu’un passé qui “l’implique”. Ils comprennent alors qu’il importe de se préparer au meilleur avenir, afin de s’assurer le meilleur présent.

Pour les occidentaux, seul le passé justifie le présent, les choses n’étant pas censées avoir une quelconque vocation qui les caractériserait. Manquant ainsi de prendre conscience que le “processus de nomination” de l’objet, est fondamentalement sous-tendu par une vocation immanquable de cet objet, ceci, selon la double acception du terme “vocation” lui-même, qui superpose la notion de “définition” à celle de “destination”, les Français par exemple, manquent de comprendre qu’un pays nommé “France”, est selon cette définition même, donc par destination, un pays de migrants. Ils ne comprennent alors rien à la persistance des flux migratoires qui assaillent le pays, et pensent que ces gens viennent là, pour leur beaux yeux, ou pour leur fric.

Malheureusement, trompées par un narcissisme qui participe de leur mise en confiance, mais qui ne leur permet pas de comprendre dans sa résolution spatio-temporelle, la logique, à la fois historique et géographique de leur fait, les différentes sociétés humaines demeurent généralement totalement éloignées de se comprendre inscrites dans une logique du devenir de notre humanité, qui les dépasse, et qui les oblige. Ceci, sans qu’elles en aient conscience, et précisément par “l’intention”, définie selon d’autres, qui sous-tend leur exercice. Elles ne doutent alors pas un seul instant, de l’auto-génération de leur intention, en elles-mêmes, comme s’il était en leur pouvoir en quelque sorte, de “s’auto-intentionner”. Les citoyens de ces sociétés se laissent alors à supposer que les qualités qu’elles manifestent, et dont ils ignorent qu’elles ne peuvent être celles que d’une époque, découlent mécaniquement d’une qualité de leur race, qu’ils jugent alors supérieure aux autres, jusqu’à ce que la roue implacable de l’histoire s’en viennent les démentir.

Lorsque vient l’heure de leur déchéance, c’est à dire lorsque selon la logique des temps, l’intention établit ses quartiers ailleurs que chez eux, et qu’ils se constatent alors impuissants, inopérants, et surtout sans explication quant à la raison de ce qui ne va plus, ces citoyens s’en prennent à ceux venus d’ailleurs, qu’ils accusent alors de se faire de leur biens, parce que confusément, ils ressentent que ceux-ci se sont emparés et sont emplis de cette intention, qui désormais leur fait défaut.

Car, pour économiser jusqu’au dernier sous, et collecter en plus les fonds des proches, pour se charger d’emporter aussi leurs espoirs avec les siens, traverser le grand désert brûlant, pour se rendre jusque dans ces zones d’une redoutable flibuste, afin de s’embarquer sur des coquilles de noix livrées aux gré des flots, et des humeurs des passeurs rançonneurs, engager dans cette affaire, rien de moins que sa propre vie, pour la quête d’un mieux forcément situé ailleurs, il faut tout de même être très puissamment motivé... Quelle force intentionnelle !

Cette incapacité à comprendre la magnificence de sa civilisation, comme n’étant qu’un instant particulier d’une l’histoire millénaire de notre l’humanité, dans laquelle toutes les “lignées” de sociétés, sont appelées à briller chacune à son heure, et comparer l’état de sa société en sa période faste, avec celui de sociétés qui ne sont pas à la même “époque” de leur histoire, telles sont principalement les deux attitudes inconséquentes, à partir desquelles s’entretiennent les illusions des racistes.

Imaginons par exemple un Egyptien du premier empire, de la quatrième dynastie, celle des grands bâtisseurs de pyramide, et prenons le malgré tout sincère. Nous sommes aux alentours de 2600 à 2800 avant J.C. Ces dates sont bien lointaines, et nous manquons souvent de prendre conscience que même pour les Européens éloignés de l’antiquité, L’Egypte c’était déjà de l’histoire ancienne.

A cette époque, la Grèce sortait à peine du néolithique de telle sorte que nous pouvons dire que les Grecs de ce temps, vivaient encore comme des hommes des cavernes. Notre Egyptien est brave homme, mais il est comme nous aujourd’hui, il ignore totalement l’avenir. Sur la base des seuls faits connus à son époque, il pourrait fort bien considérer que la race des Grecs, constitue une race bien inférieure à celle des Egyptiens, compte tenu qu’ils vivent encore dans des cavernes, alors qu’eux les Egyptiens, élèvent déjà depuis des siècles, d’imposantes pyramides. Il est alors à des années lumières de pouvoir supposer un seul instant, que quelque deux mille quatre cents ans plus tard, un de ces Grecs s’en viendra vaincre les Egyptiens chez eux, et qu’il poussera l’avantage jusqu’à se proclamer Pharaon d’Egypte.

Nous comprenons aujourd’hui que ce n’est pas parce que ces Grecs constituaient une race inférieure à celle des Egyptiens, qu’ils se trouvaient si éloignés d’être aussi développés qu’eux à cette époque, mais que c’est tout simplement parce qu’alors, telle n’était pas encore leur heure, et que celle-ci viendra...

Plus proche de nous, un romain de la république triomphante tel que Caton, considérait que la race germanique était notoirement inférieure à la race latine, et donnait comme justification de cette appréciation, le fait que les Germains s’accommodaient de vivre dans ces régions aussi désolées quelles étaient à cette époque, c’est à dire d’épaisses forêts brumeuses. Il était alors sous-entendu par lui, qu’il fallait bien avoir quelque chose de la bête, pour pouvoir survivre en de tels endroits...

Caton, tout comme nous autres aujourd’hui, souffrait de ne pas connaître l’avenir, et à cette époque, il est lui aussi, très éloigné de pouvoir supposer un seul instant, que quelques six cents ans plus tard, ces Germains mettront à genoux le si puissant empire romain, dévasterons Rome, et que pire encore, trois siècles plus tard, un descendant de ces germains, se fera consacrer sans complexe, “empereur des Romains”.

Nous comprenons aujourd’hui, que ce n’est pas parce que la race germanique était une race inférieure à la race romaine, qu’elle demeurait embrumée dans ses forêts, mais qu’à cette époque, telle n’était pas encore son heure, et que celle-ci viendra...

Nous sommes donc toujours sans connaître l’avenir. Mais, si demain, un grand leader charismatique s’en vient fédérer le contient africain tout entier, en le plus puissant des empires jamais vus, et que s’adonnant à la conquête, il pousse sa fantaisie jusqu’à se proclamer “empereur des Européens” ? A partir d’aujourd’hui, qu’est-ce que nous en savons, et qui peut dire et sur la base de quoi, qu’un tel événement ne se produira pas ?

Tout le ridicule et l’incohérence des théoriciens de la supériorité nominale de la race blanche occidentale, sur la race noire africaine, réside dans le fait que pour étayer leur propos, ces gens procèdent à un recensement des réalisations à ce jour, de l’une et de l’autre, pour conclure à une production de la première, bien supérieure à celle de la seconde, significative selon eux, de sa supériorité intellectuelle.

Selon ce raisonnement primaire, si les nègres étaient aussi intelligents que les blancs, ils auraient produit autant de choses qu’eux...Mais, au nom de quoi auraient-ils déjà produit ? Et si leur heure était tout simplement à venir, comme celle des Grecs pour les Egyptiens, et celle des Germains pour les Romains ?

Tout se passe pour ces gens, comme si l’histoire de notre humanité était achevée, et que nous étions alors à même de faire un bilan définitif des réalisations des uns et des autres, pour établir un classement désignant le premier de la classe, et les cancres...Quelle stupidité...!

Le pire, c’est que ce comportement persiste, alors même que tous ceux qui ont connu il y a une cinquantaine d’années, les effroyables famines et épidémies, qui ravageaient alors la Chine et l’Inde, pays plongés dans une misère désespérante, se souviennent que nul n’aurait oser prédire à l’époque, sans passer pour un illuminé, ce que nous constatons aujourd’hui. Un grand titre de la presse française afficha d’ailleurs un jour à sa une, en l’illustrant par la photo d’un hindou interdit devant une vache sacrée famélique : “sous développé, sous capable”.

Or, étant déjà à l’heure de l’Asie, nous sentons bien, même si c’est encore confusément, que nous allons vers les temps africains. Il n’est pour s’en convaincre, que de comparer la qualité des intellectuels de la francophonie, avec celle des brêles médiatiques métropolitaines, abonnées des plateaux de télévision, et dont on assure la promotion de leur livres, comme on procède pour la vente de camembert.

Disons donc une bonne fois que, dans la mesure où nous ne serons jamais en mesure de proclamer la fin de l’aventure humaine, nous ne serons jamais en mesure d’établir une hiérarchie entre les races, que tout cela ne signifie absolument rien.

Cependant, même s’ils s’en défendent, et toujours très maladroitement, c’est bel et bien la force rémanente sur de nombreux esprits, de préjugés racistes d’une autre époque, qui constitue la véritable justification de cette entreprise, encore plus nocive que stupide et immorale, que conduisent avec un acharnement borné, les gouvernements de tous bords depuis des décennies. Ceci, sous le titre de “lutte contre l’immigration clandestine”, qui n’est qu’une lutte contre l’immigration tout court, lutte contre les hommes de races différentes que la race blanche occidentale, et tout simplement à cause de cela. Personne n’est dupe...

Je ne parlerai pas ici, des implications sociales et économiques catastrophiques de cette sottise, parce que je les ai déjà largement développées dans des publications précédentes, en montrant pour l’essentiel que plus rien ne fonctionnera normalement dans ce pays, tant que le rapport de la population à charge sur la population active, ne sera pas rétabli selon un rapport supportable pour cette dernière, ce qui ne peut s’opérer que grâce à l’immigration.

Cependant, d’un point ce vue purement théorique, il n’est pas impossible d’imaginer qu’en se passant des immigrés, on puisse faire en sorte qu’une gigantesque usine de robots, puisse subvenir aux besoins d’une gigantesque maison de retraite, et accepter sans sourciller, la perspective lugubre d’un vieillissement continuel de la population du pays, comme il se poursuit en ce moment.

Plus grave que cela, là où le piège raciste s’est refermé sur ce pays, c’est concernant sa capacité à exercer, qui est aujourd’hui totalement épuisée.

Pour les racistes mal inspirés ( évidemment puisque ce sont des racistes ), la magnificence de la civilisation française est due à la capacité exceptionnelle d’une “race française”, dont ils sont persuadés de l’existence. D’une façon intuitive, ils se disent donc que pour conserver cette capacité exceptionnelle, il convient d’éviter que la race française ne soit altérée, donc dénaturée, et par-là, dévalorisée, par son mélange avec d’autres races qui de toute évidence, selon eux, ne possèdent pas le même niveau de capacité.

Cette conviction est assez largement partagée par un grand nombre de Français qui pour autant, clament leur anti-racisme, tout simplement parce que leur racisme de bons pères de famille, n’a rien de haineux. Or, toutes les haines ne sont pas raciales, loin de là, et tous les racismes ne sont pas haineux, de sorte que beaucoup de ces racistes s’ignorent comme tels.

L’erreur monumentale de ce raisonnement, repose sur l’idée qu’il serait curieusement possible “d’user” d’une capacité “inusable”, de sorte que la race française demeurant à l’abri de toute altération, garderait toujours la même capacité exceptionnelle, dont elle userait indéfiniment, en faisant des prouesses, sans que celle-ci ne s’amenuise jamais.

En réalité, les peuples disposent par leur “fondation”, c’est à dire par la rencontre souvent conflictuelle des peuples dont ils procèdent, telle que la rencontre des Gaulois et des Romains, pour le peuple gallo-romain, ou celle des gallo-romains avec les Francs, pour le peuple français, d’une capacité à exercer, qui ne manque de s’user, par le fait même qu’ils en usent. Or, ceux qui, comme le grand peuple français, ont développé les civilisations les plus brillantes, disposaient certes, d’un capital considérable, logique d’ailleurs de la richesse de leur composition, phénomène qui fait que toutes les grandes civilisations, sont des civilisations de grand métissage, mais ils l’ont grandement exploité.

Dès lors, faute d’une nouvelle composition, autrement dit d’une nouvelle “fondation”, avec d’autres apports, ils se retrouvent comme c’est actuellement le cas pour les Français, tout simplement en panne sèche de capacité, dans un manque total d’intention, tel que nous le constatons dans la pauvreté actuelle de la vie sociale, politique, économique, et culturelle de ce pays, ou ne s’expriment plus que des velléités, qui ne débouchent sur aucune action. Et ces Français, se sachant toujours aussi talentueux, mais ne comprenant rien aux raisons qui font que plus rien ne va plus comme avant, de se trouver des explications faciles par la présence d’autres chez eux, dont ils se privent stupidement, en ne les intégrant pas à leur dynamique.


Et tout cela, pour avoir stupidement fermé les robinets de l’immigration, par lesquels s’opérait pourtant régulièrement depuis des siècles, l’alimentation en “carburant humain” de la société française, assurant sa réalimentation en capacité, et la pérennité de sa civilisation, et en décrétant pour se justifier de ce racisme puant, que les nouveaux arrivants n’étant pas d’origine européenne, il n’était pas possible de les intégrer aussi facilement que les autres.

Ce qui est le plus grotesque dans cette affaire, c’est que cette politique aux conséquences dévastatrices, trouve son soutien dans l’opinion, grâce à la volupté malsaine qu’éprouvent bien des gens, dans le sentiment d’exclure les autres, alors même que ce sont eux, qui ce faisant, s’excluent de plus en plus du reste du monde.

Il est déjà bien tard, et il y a urgence maintenant pour les français, de dessaouler...

Paris le 26 mai 2011
Richard Pulvar

jeudi 10 mars 2011

DIEU EXISTE-T-IL ? NON, PARCE QU'IL N'A PAS "LIEU" D'EXISTER.

Les différentes tentatives qui furent les miennes ici, pour intéresser quelques amis à la “cosmologie”, n’ont pas eu à ce jour beaucoup de succès. Il est vrai que ces textes qui sont d’un abord délicat, peuvent rapidement devenir ennuyeux, et de plus, ils sont fatalement longs. Or, l’expérience m’a montré qu’en cet endroit, au-delà de cinq pages, bien peu de gens se montraient disposés à engager leur temps, pour ce genre d’aventure intellectuelle.

Cependant, les événements de ces derniers temps, qu’il s’agisse de l’actualité nationale, ou de l’internationale, font plus ou moins directement référence, et c’est un signe des temps, aux questions religieuses, que nous étions pourtant parvenus depuis un peu plus d’un siècle, à maintenir sous le boisseau de la laïcité. Et tout ceci, selon de rudes controverses quant aux implications comportementales de l’adhésion ou non de chacun à une quelconque confession, et à une époque ou les défis internationaux nécessitent pour y faire face, que soit fermement maintenue la cohésion de notre société. Or, ceci implique une codification encore plus large, des règles d’un “vivre ensemble”, lesquelles s’opposent mécaniquement, aux manifestations de particularismes religieux, dans la sphère publique.

Malheureusement, il se trouve que ces débats sont les occasions de beaucoup trop de proclamations stupides, de la part de gens qui se prétendent instruits des volontés d’une “puissance transcendante”. Et ceci, parce que par une maladresse millénaire aux implications dramatiques, cette transcendance s’est curieusement trouvée “personnalisée”, comme si ce qui nous dépasse, puisque telle est la définition même d’une transcendance, pouvait être réduit à notre dimension, c’est à dire à celle de personnes envisageables et identifiables.

Instruits dans ce sens par des religieux mal inspirés, participant d’institutions qui ont rompu depuis longtemps déjà, avec la “grande Tradition ésotérique”, beaucoup de gens, ceux qui se disent eux-mêmes “croyants”, mais dans une compréhension totalement dévoyée de ce terme, s’imaginent encore qu’il existerait en quelque sorte au firmament un “monsieur Dieu”, c’est à dire un “être”, donc un fait singularisé et identifiable comme tel, mais qui serait curieusement “surnaturel”. Et ceci, comme si ce en quoi consiste fondamentalement un être, se pouvait “au-delà” de son règne, pour qu’en se transcendant lui-même, il puisse acquérir par son propre fait, cette qualité d’être surnaturel. En réalité, parler d’un être surnaturel relève d’un contre sens aussi grotesque que de parler de l’extérieur d’un intérieur, car ce qu’est l’un, ne peut justement pas être l’autre, ces deux termes sont inconciliables en un même concept.

Ainsi, en aucune façon l’être ne se peut “au-delà” de lui, c’est à dire en surnaturel, en ce lieu “hors du temps”, que nous disons “éternité”, selon le terme latin “aeternitas”, qui vient lui-même d’une forme latine plus ancienne, “aetas renitor”, signifiant “ce qui n’a pas d’âge”, c’est à dire clairement, ce qui ne se situe pas dans le temps.

Soyons bien attentif ici au fait que, contrairement à l’idée intuitive que nous nous en faisons, l’éternité ne correspond pas à une durée de temps sans limite, mais décrit tout au contraire, un “lieu” hors du temps, donc où rien n’a précisément “lieu d’être”, mais qui constitue ainsi, la contrepartie inévitable de toutes les époques de ce “lieu de l’être” que constitue “le temps”, et qui se trouvent logiquement toutes opposées, à la même éternité.

Symétriquement, en aucune façon le surnaturel ne se peut à “l’en deçà” de lui, c’est à dire en ce lieu de l’être qui procède de lui, et nous pourrions en rester là, pour dire que cette évocation du surnaturel que nous appelons “Dieu”, n’a pas lieu d’être, et donc qu’il n’existe strictement pas, compte tenu de l’implication temporelle, de ce en quoi consiste l’existence.

Comprenons cependant que si Dieu n’existe pas, il n’est pas inutile de l’évoquer, parce qu’en fait, il “s’éternise”, et du fond de cette éternité, “il peut”, et il peut même “tout”, c’est à dire “l’être”, qui procède de lui, et toute la subtilité de cette affaire, réside dans le fait que Dieu ne saurait participer de cet être qui procède de lui, pour pouvoir ainsi être lui même.

Ainsi, rapporté au domaine temporel de l’être, c’est à dire selon des notions qui ne valent que par rapport à celui-ci, le domaine du “divin” se situe tout à la fois, à l’antériorité, autrement dit à “l’en deçà” de celui des êtres, lesquels “accèdent” tous de lui, dans l’existence, et à la postérité, autrement dit à “l’au-delà” de celui des êtres, qui tôt ou tard, “décèdent” tous vers lui, de l’existence.

Retenons bien que nous procédons tous du divin, c’est à dire de ce par quoi l’être se peut, par notre “apparition”, et que symétriquement, nous participons tous à ce même divin, par notre “disparition”, en accédant alors dans cet au-delà de l’être que nous appelons justement “l’Au-delà”, qui est le lieu surnaturel, et donc éternel, de tous les êtres disparus, et qui pour cette raison sont dits “ à Dieu”. Dans cette compréhension des choses, Dieu est ce en quoi se trouvent rassemblés, tous les êtres disparus, à la postérité de l’être, et tous ceux non encore apparus, à l’antériorité de l’être.

Ceci signifie très clairement que les hommes n’existerait évidemment pas, sans ce par quoi s’est d’abord trouvée établie, la “potentialité” même de leur existence, c’est à dire cette disposition indicible des choses que nous appelons Dieu, faute de pouvoir l’expliciter, et qui, n’étant pas, mais constituant la potentialité de tout ce qui est, nous appelons autrement le “tout puissant”. Observons bien alors que symétriquement, et de manière inattendue, ce que nous concevons comme étant Dieu, ne serait pas sans les hommes qui participent à lui, par leur disparition. C’est précisément cette participation à la divinité par notre disparition, qui constitue l’essence même de ce phénomène que nous appelons selon la singularité du terme, la “religion”, qui d’une façon générale, est le mécanisme selon lequel l’être se trouve lié au surnaturel, et qui, selon la pluralité du terme, c’est à dire “les religions”, rassemble les différentes tentatives faites sous toutes les latitudes et dans toutes les cultures, pour en rendre compte, mais généralement de façon très maladroite.

Dans cette compréhension des choses, la “mort”, est un plongeon dans l’au-delà, c’est à dire dans “l’avenir”, puisqu’il s’agit d’un au-delà de l’être, donc de “l’actuel”. C’est ce qui explique que toutes ces constructions gigantesques des anciens, ces “monuments” qui avaient pour fonction de nous “lier par le souvenir”, sens fondamental de “monu-mentum”, aux anciens, servaient indistinctement tout à la foi de sépulture, et de dispositifs permettant d’interroger et de solliciter l’avenir. C’est ce qui a fait croire à tort aux historiens modernes, que les anciens tels que les Egyptiens, étaient obsédés par la mort, alors qu’en fait, ils étaient tout simplement fortement et avec raison, préoccupés par l’avenir.

Les premiers cultes furent donc des “cultes aux ancêtres”, qui, participant à la divinité dans l’au-delà, donc à la potentialité des choses “à venir”, ce par quoi celles-ci se trouvaient possible ou probables selon la circonstance, se trouvaient sollicités par les vivants, autrement dit les “actuels”, afin qu’il leur advienne pour le mieux.

Tout notre drame s’est produit lorsque des faussaires, en quête de domination, se sont proclamé les porte-parole d’un dieu unique qui leur avait été révélé, et auquel tous autant que nous sommes, nous devions sacrifier, sans prétendre y déroger.

Disons dès maintenant, que la proclamation selon laquelle “il n’est qu’un seul dieu”, témoigne bien d’une volonté de tromper, d’intimider, et de nuire, car il doit être bien clair que le caractère “numéral” attribué à la transcendance, ne signifie absolument rien.

Car, cette transcendance n’a précisément qualité comme telle, que parce qu’elle se situe au-delà de toutes les limites permettant d’identifier une singularité, et de la différencier d’une pluralité. Ceci signifie qu’au niveau de la transcendance, le nombre n’a aucune signification. Ce n’est que pour nous, dans notre monde temporel, qu’il en possède une. Dès lors, en rapportant à nous la transcendance, il nous est tout à fait loisible de l’envisager comme étant “une”, c’est à dire “Dieu”, ou comme étant “multiple”, c’est à dire “Dieux”, ou “les dieux”, car il ne s’agit là pour nous en fin de compte, que de différentes façons de l’envisager, selon notre choix, mais il ne s’agit en aucune façon, dans ce caractère numéral, d’un caractère de la transcendance elle-même, ce qui n’a aucun sens.

L’autre subtilité maintenant, c’est qu’en envisageant la divinité comme étant une, c’est à dire comme “l’Amon”, des Egyptiens, il n’est absolument pas possible d’en dire quoi que ce soit, puisqu’il s’agit alors du “Tout”, situé au delà de tout, duquel tout se réalise et auquel tout abouti, et qui ne possède donc aucune particularité, puisque par définition même, il ne peut y avoir de “particularité”, que comme qualité d’une “partie” du Tout.

Confondant en lui toutes les particularités de ses parties, aucune de celle ci ne saurait spécifier le Tout, pour qu’il puisse ainsi avoir une qualité. C’est pourquoi les Egyptiens disaient justement de lui, qu’il était “inconnaissable”.

Prétendre à un dieu unique, autrement dit à une approche de la transcendance comme étant une, donc comme étant le Tout non discerné et nommé Dieu, des qualités, des pensées, des gestes, des intentions, des préférences quant à l’ordre des choses, et de volontés, et se prétendre de surcroît, le rapporteur attitré de ces volontés, et exiger des hommes leur soumission à celles ci, et par cela, à leur rapporteurs, procède d’une entreprise de faussaires, auquel il est grand temps d’y mettre fin.

Il doit être bien entendu une fois pour toutes, que “ce qui peut”, ne peut que ce qu’il possède, et ne le peut qu’a cause de cela. Ce qui peut tout, c’est à dire le “tout puissant”, possède donc forcément déjà tout, et on ne voit évidemment pas ce qu’il pourrait manquer au Tout. En conséquence, il n’a absolument rien à vouloir, et ne veut rien.

Dieu ne veut absolument rien, lui prétendre des volontés relève de la supercherie, telle qu’elle était déjà dénoncée dans la lointaine antiquité, ou il était interdit de “prononcer” le nom de Dieu, autrement dit, de lui prétendre quelque “vocation”, susceptible de justifier une volonté quelconque.

Comme vous le comprenez, il y a beaucoup à dire sur cette question, il s’il nous fallait l’approfondir, cela nécessiterait de très nombreuses pages ( plusieurs centaines ). Or, pour conserver quelque chances d’être lu ici, je m’efforcerai de ne pas en dépasser quatre, en espérant qu’une occasion se présentera pour que nous puissions aller plus loin.

Mais pour l’immédiat, je veux dénoncer cette manoeuvre persistante de gens, acquis à des pratiques religieuses archaïques et bornées, parce qu’ils trouvent dans ces pratiques, les occasions d’exercer un pouvoir sur les autres, et d’acquérir par cela une reconnaissance que la société civile leur refuse par ailleurs, raison pour laquelle, ils la combattent avec rage. Nous ne pouvons pas supporter plus longtemps ce baratin selon lequel le tout puissant aurait confié à certains, ses vues quant à la façon dont il aimerait que les humains s’organisent sur cette fichue Terre, et pour commencer, que ceux-ci cessent de s’offrir du plaisir avec leur sexe, puisque manifestement, et comme j’ai pu l’observer si souvent, telle est là, la préoccupation principale et obsédée de tous ces gens qui donnent dans le religieux, ce qui leur vaut d’être sans arrêt en guerre contre les femmes.


C’est vraiment au niveau de leur “quèquette”, que tous ces religieux ont un problème, et tout cela comme vous allez le voir, n’est pas sans raison. Ne perdons pas alors de vue, que “les religions” ne sont que des tentatives bien maladroites, de rendre compte de “la Religion”, la vraie, qui est tout autre chose que du baratin de religieux.

Nous autres les humains sommes inévitablement en “religion”, telle que celle-ci nous “subjugue”, c’est à dire telle que, dans le sens fondamental de ce terme, elle nous “soumet”, selon une séduction qui nous rend “désireux”, et qui justifie que nous soyons dans la “quête”, de tout ce qui nous est “à venir”.

Comprenons dès maintenant, que puisque rien ne peut se développer sans cause, il faut bien que les mécanismes physiques et psychiques que nous mettons en oeuvre pour “devenir”, et être ainsi “inscrits dans le temps”, soient provoqués, et ils le sont par la religion, c’est à dire par cet exercice de l’ensemble des choses sur chacune d’elles, lequel résulte de la sommes des exercices de chacune sur les autres, et qui est l’exercice du Tout transcendant, sur les êtres immanents qui procèdent de lui.

Notons au passage que notre soumission à la religion se manifeste physiquement par notre station debout, qui est la posture de l’homme dans sa quête de l’au-delà, ce qui rapporté au monde temporel, est une quête “d’excellence”. C’est cette excellence de l’humain par religion qui, selon leur verticalité, se trouvait signifiée par les obélisques de l’Egypte ancienne, et ce n’est pas un hasard, s’il s’en trouve un de ceux-ci, à Paris, terre de lumière (Lu Tetia, Tete, étant la déesse mère, la Terre), ou, oeuvre de lumière ( Lu o(e)vre ).

C’est donc par la religion, telle qu’elle traduit l’exercice de l’au-delà transcendant, c’est à dire de l’avenir, sur nous, que “sommes”, autrement dit que nous existons, puisque c’est par elle que “nous devenons”, et que nous ne pourrions “être” et demeurer quelque peu, sans devenir graduellement “autre”, cette “altération”, constituant la marque même de notre inscription dans le temps. Ainsi, c’est par la religion que s’établit notre rapport aux autres, afin de notre être, et donc le meilleur de notre être, selon le meilleur de notre rapport aux autres. Nous pouvons déjà comprendre à ce sujet que, la religion ayant pour finalité le meilleur de notre être selon le meilleur de notre rapport aux autres, toute religion autoritaire et dogmatique, basée sur la coercition, et donc sur un mauvais rapport de chacun aux autres, constitue une mauvaise religion.

La religion participe donc au développement de notre temps, mais il est une autre procédure, qui participe elle aussi au développement de notre temps, il s’agit du “sexe”, qui est ce par quoi nous nous donnons “avenir”. Ainsi, dans la réalisation de notre temps, il est ce qui dépend de nous, c’est à dire nos actes, tels que ceux-ci possèdent une implication à venir, et particulièrement l’acte sexuel, et il y a ce qui dépend du Tout, c’est à dire l’exercice sur nous ce celui-ci, par religion.

Il apparaît tout de suite que sexe et religion exercent conjointement, mais en sens inverse, dans la réalisation de notre temps, le sexe exerçant du présent vers l’avenir, et la religion exerçant de l’avenir vers le présent. Ceci de telle sorte que l’exercice de l’un, constitue mécaniquement une “perversion” de l’exercice de l’autre, le sexe constituant alors une perversion de la religion, et la religion constituant une perversion du sexe.

Tous ces intégristes religieux auront beau se défendre, ils sont par définition même, des “pervers sexuels”, qui s’emploient en permanence à nier la femme, et sont donc des hommes dangereux et malfaisants, dont nous n’avons pas à subir davantage le discours et les manières.

Paris le 8 mars 2011
Richard Pulvar

samedi 26 février 2011

DU CIVISME, A LA CITE

Où est donc passé le fameux “Kärcher”, celui qui devait permettre de nettoyer toute la banlieue, de sa désespérance ?

Ce qu’il y a de spectaculaire dans ces rodomontades infantiles stupides et agressives, selon lesquelles on se promet de régler en “deux coups de cuillère à pot”, un problème social d’une extrême complexité, c’est qu’elles donnent d’autant plus de relief au fiasco inévitable, qui ne peut être que la conclusion logique de cette façon désinvolte, de cet amateurisme total, selon lesquels certains aventuriers prétendent conduire les affaires du pays.

Puisque telle était la méthode retenue pour en finir avec les désordres, il fallait bien se douter qu’un Kärcher de cette dimension allait coûter, et même si ce n’était que pour flanquer des coups en dessous de la ceinture, à tous ceux dont la faute originelle fut d’être nés de leurs parents, dans leur cité, et dans ce pays qui refuse de les reconnaître comme étant ses enfants, il fallait déjà s’assurer d’avoir les poings suffisamment solides pour cela.

Ainsi, alors que les prisons supportent déjà près de vingt milles détenus en surnombre, que les tribunaux sont engorgés par un flux continuel et grandissant de dossiers, voici que des statistiques irrévérencieuses s’en sont venues faire un risible pied de nez, aux pourfendeurs auto-proclamés du mal. Car, elles clament à qui veut bien l’entendre que, contre toute attente, cette augmentation souhaitée par certains, du nombre des condamnés, des peines de prison, et de la lourdeur de celles-ci, s’est tout simplement et malheureusement trouvée accompagnée, d’une augmentation du nombre des crimes les plus graves, c’est à dire ceux qui concernent les atteintes physiques faites aux personnes.

Ceux qui furent missionnés pour mettre en oeuvre le Kärcher, c’est à dire ceux de la police et de la justice, ne l’ont en fait jamais vu venir, car cet état fauché n’a pas pu se l’offrir. Ils sont donc demeurés avec leurs quelques serpillières, pour tenter selon les ordres, de faire la place nette, où plus exactement, d’offrir au peuple, les statistiques rassurantes devant garantir une réélection escomptée. Et ceci, alors même que tous les “robinets criminogènes” de cette société dissolue, et dont personne ne se souci de les fermer, demeuraient grand ouverts.

Selon cette politique, peut importe que la fabrique de criminels, c’est à dire cette société malsaine et indigne, du mensonge, de la tricherie et de l’abus récompensés, de la célébration de la brute prédatrice au détriment de l’homme socialisé, de la défaite éducative, du manque d’exigence, de l’injustice et de la disqualification sociale, continue de fonctionner à plein régime, pourvu qu’on parvienne à incarcérer davantage de ces criminels, qu’elle n’en produit. Or, c’est justement ce que l’on ne parvient pas, et que l’on ne parviendra jamais, à faire.

A cette heure où il nous faut constater la défaite totale et avérée du système éducatif, parce que d’aucun se sont plus à considérer que donner de l’instruction suffisait à l’éducation, et alors même que cette dernière chance de “mise au pas” que constituait le service militaire, n’existe plus, qui osera nous prétendre la vertu curative et éducative de ces prisons sordides de la république française, que des commissions européennes de cessent de dénoncer. Or, ce sont ceux-là mêmes qui font si complaisamment métier, auprès de la veuve et de l’orphelin, de pleureuses désolées par la récidive, dont ils rendent responsable le laxisme des magistrats, qui se proposent d’y jeter un maximum de monde. Ils sont alors exaspérés par le fait que le jugement des professionnels de terrain, manque de se conformer à leurs évidences simplistes, et que ceux-ci en sont à se poser la question de la positivité “in fine”, de ce geste, incarcérer, afin du meilleur de la société.

Cependant, sauf à nous démonter qu’un individu placé dans ces prisons lépreuses, en ressort en tous points meilleur qu’il n’y est entré, et ce, d’autant qu’il y aura fréquenté plus longuement les seigneurs de la pègre, il est facile de comprendre, armé d’une intelligence commune, que plus une société envoie de ses fils en ces endroits où ils ne peuvent que se faire corrompre davantage, plus mal elle se portera. Car, ces détenus ont vocation à en sortir un jour, et il est clair qu’un système qui se montre incapable de procéder à leur “réparation”, avant leur remise en liberté, ne peut valoir que s’ils ne devaient justement jamais en sortir.

C’est probablement parce qu’ils se voyaient déjà, remplissant ce tonneau des Danaïdes, que magistrats et policiers ont très mal supporté qu’il leur soit fait si bruyamment reproche, les dysfonctionnements inévitables survenus, à cause du manque de moyen dont ils disposent. Et ceci, par ceux-là mêmes qui en sont les principaux responsables, c’est à dire par ceux qui, ayant nominalement à charge de le faire, ont alors manqué de pourvoir à ces moyens, et qui, d’une façon bien peu élégante, se sont défaussés de leur incapacité, en faisant de ce désordre, la faute de ces professionnels.

Or, par delà cette péripétie lamentable, la question qui se trouve clairement posée ici, concerne le bien fondé du “principe de punition”. Car, si celui-ci est vieux comme le monde, pour autant son application tout au long des siècles, n’a de tout évidence ni empêché le crime, ni même diminué son ampleur. Dès lors il conviendrait de faire déjà le constat de cet échec, quant à ce qui en était espéré, en établissant clairement la limite d’application de ce principe, et sa totale vanité au delà de celle-ci, pour que finalement puisse être sérieusement envisagée, l’impérieuse nécessité de trouver autre chose, quant au règlement de cette question.

Opposé au principe de “réparation”, tel que celui-ci présidait aux décisions de justice, dans les sociétés de l’Afrique précoloniale par exemple, qui ne connaissaient pas la “prison”, ce “principe de punition” semble être basé pour partie, sur ce besoin obscur de vengeance qui tenaille les individus offensés, et dont on peut penser qu’il s’inscrit dans les mécanismes naturels de défense de ceux-ci. Cependant, compte tenu qu’un faible ne pouvait espérer se venger d’un puissant l’ayant offensé, la nécessité d’un arbitrage, auquel l’idée de justice est fondamentalement attachée, est vite apparue.

Il est manifeste à ce sujet que jusqu’ici, une des fonctions, non avouée, mais évidente, de cette institution que nous nommons “la justice”, demeure d’organiser la “vengeance”, sous la responsabilité de la société, cas où ce sentiment condamné par ailleurs, se trouve légitimé. Il s’agit alors de la vengeance, soit de la société elle-même contre les contrevenants à ses lois, soit pour le compte de citoyens plaignants, auxquels elle interdit formellement de se faire “justice eux-mêmes”, autrement dit, de se venger par eux-mêmes.

Dans les années de ce débat si passionné, qui a précédé l’abolition de la peine de mort, il avait clairement été établi, selon le meilleur argument des abolitionnistes, que les pays “exécuteurs”, ne connaissaient pas moins de drames et de meurtres que les autres, et puisqu’en cas de meurtre, il ne pouvait y avoir aucune forme de réparation pour la victime, il était devenu manifeste ce que certains ont oublié depuis, que cette peine de mort n’avait de valeur, ni préventive, ni curative. Ainsi, même si son maintien conservait largement la faveur de l’opinion, sa vanité, son archaïsme, sa brutalité, et sa nocivité, en ce sens qu’elle ne permettait pas de prendre conscience de la nécessité de changer l’angle d’attaque du problème, devenaient de plus en plus évidents. Il s’est alors trouvé un juriste intrépide et talentueux, pour oser dire que par-delà la nécessité d’un état, de ne laisser aucunement le crime impuni, la véritable utilité de la peine de mort, outre garantir de bons scores électoraux à ses tenants, était d’offrir aux proches des victimes accablés, et comme une forme de réparation pour eux, ce qu’il désignait alors comme étant une “jouissance réparatrice”, par le fait du dommage maximal qui était ainsi porté, à celui qui avait été la cause de leur tourment.

Il s’agissait donc bien, dans cette fonction parmi d’autres de la justice, d’organiser la vengeance pour le compte de particuliers.

Or, cette identité établie depuis toujours, entre l’idée de justice, et celle de vengeance, est devenue aujourd’hui extrêmement problématique, compte tenu de la sophistication de nos sociétés. Car, par-delà la simple notion d’équité formelle entre les citoyens, et la nécessité de rappeler à l’ordre par la sanction, ceux qui prennent des libertés avec la loi, l’idée de justice participe désormais d’une philosophie progressiste d’excellence de la société, et par-là, d’une exigence comportementale des citoyens, où s’abandonner à cet instinct qu’est la vengeance, n’a pas sa place, parce que cela ne participe justement pas de l’excellence. Il est d’ailleurs remarquable qu’en occident, cette idée de vengeance légitimée par sa prise en charge par la société, se trouve en totale contradiction avec un des enseignements les plus fondamentaux de la doctrine chrétienne qui a fait cette civilisation, et qui elle, la condamne fermement.

En fait, la préoccupation du grand “législateur” de Palestine, ou, pour ceux qui n’y croient pas, des grands casuistes de l’église catholique, c’était d’éviter que par la vengeance, laquelle consiste à faire du mal pour faire payer un mal, il n’y ait une “représentation du mal”, autrement dit un “doublement” pur et simple de celui-ci, au sein d’une société qui finalement, n’y gagnerait rien. Ceci, d’autant que celui contre lequel s’est exercée une vengeance qu’il jugerait injustifiée ou disproportionnée, pourrait envisager, selon le modèle de la “vendetta”, de se venger à son tour de cette vengeance, et tel est bien le sentiment de certains détenus, désireux dès leur sortie, de faire payer à cette société, leurs années passées au “placard”.

Car, si la proclamation de règles par une société, lui impose logiquement de sanctionner les contrevenants à celles-ci, afin de leur réaffirmation, et dans le soucis d’éviter la récidive, et ceci, selon une fonction éducative dont l’efficacité apparaît de toute évidence, bien limitée, l’organisation de la vengeance par cette société, pour son compte, ou celui de particuliers, pose un problème fondamental de “justice”, dans le sens moral de ce terme. Car, cette attitude laisse comprendre que le criminel est le fait “auto-généré” de lui-même, et qu’il emporte ainsi, la pleine et exclusive responsabilité de son état. Or, tout cela n’a aucun sens.

Il doit être bien entendu pour nous tous ici, que la réalisation malheureuse du caractère criminel d’un individu, ne peut avoir en toute hypothèse, que deux causes fondamentales, exerçant séparément ou selon leur combinaison. Cette défaillance pourrait avoir pour origine, la nature même de l’individu, tel que celui-ci a été conçu, et tel que dès lors, il ne possède de par lui-même, c’est à dire hors d’un encadrement adapté, aucun moyen d’y remédier. Mais, elle pourrait avoir également pour origine, le “mauvais vécu” l’ayant gravement endommagé, d’un individu pourtant constitué au départ, pareillement aux autres.

Tout ceci pour dire simplement que, soit l’individu est né défaillant, soit il l’est devenu, ou encore qu’une légère insuffisance de départ, le rendant moins apte pour établir un rapport favorable avec les autres, s’est trouvée fortement aggravée par son parcours dans l’existence. Mais, sa défaillance ne peut en aucune façon échapper à l’une ou l’autre de ces deux raisons, ou aux deux à la fois.

Or, si une “disposition” au crime, pouvait être inscrite dans la génétique d’un individu, il serait de la plus haute responsabilité de la société, tout d’abord de détecter “dès le berceau”, ceux des siens qui seraient frappés par cette “infirmité” aux implications comportementales, et partant de là, de tout mettre en oeuvre par des mesures d’encadrement spécifique, suivies, pour épargner à ceux-ci une défaite dont les implications seraient dommageables pour elle. Ceci, étant entendu qu’il n’existerait aucune autre façon d’éviter que ne se produise un drame, et que dans une telle situation, est “responsable”, selon le sens fondamental de ce terme, celui qui est en mesure d’apporter une “réponse” au problème posé, et qui n’est ici, que la société.

Si donc la défaillance d’un individu possède une origine génétique contre laquelle il ne peut évidemment rien, et qu’il s’en vient à accomplir un forfait, c’est bien parce que la société qui en avait la responsabilité, a manqué d’assumer celle-ci, et s’est ainsi rendue indirectement “coupable” de ce forfait. Dès lors, comment serait-elle fondée à s’en prendre à cet individu ?
Maintenant, nous pouvons considérer qu’à l’inverse “tous les hommes naissent égaux”, et que tous les individus possèdent au départ, c’est à dire selon leur “nature”, des dispositions psychiques identiques qui leur permettent de participer au mieux, à tous les types de société. Or, puisque des défaillances se révèlent malgré cela, nous devons penser que c’est en réalité le “vécu” de l’individu, s’opérant selon l’ensemble de sa relation à tout ce qui lui est “autre”, et particulièrement sa relation à ses semblables, qui en est la cause.

En admettant simplement, qu’on ne saurait prétendre que c’est sa relation à la nature, qui le dénaturerait, il reste que seule sa relation avec ses semblables, est susceptible de porter atteinte à la capacité nominale d’un individu, de se comporter en convenance avec les autres. Or, il s’agit en cette relation avec ses semblables, de sa “socialisation”, et c’est une mauvaise qualité celle-ci qui constituerait finalement l’origine et l’occasion de sa défaillance.

Toute la question maintenant est de savoir, qui emporte la responsabilité de la bonne ou mauvaise socialisation d’un individu, se pourrait-il qu’il en soit lui-même responsable ?
Là encore, il doit être évident pour nous tous, que la socialisation de l’individu ne peut pas être une affaire de celui-ci, tel qu’il lui appartiendrait depuis le berceau, de se doter des meilleurs parents afin de se garantir la meilleure éducation, de se choisir le meilleur quartier, afin d’éviter des fréquentations qui lui prétendraient la normalité de mauvais comportements. Il n’est pas dans sa responsabilité d’enfant, de se garantir ses besoins affectifs, au sein d’une famille sereine et unie, avec l’image rassurante de parents bienveillants et souriants, besoins dont la carence risquerait de lui infliger des séquelles sa vie durant. Il n’a pas davantage de responsabilité quant au choix des meilleures écoles, pour que sous la conduite des meilleurs enseignants, et accompagné des camarades de classe les mieux éduqués, aucun échec scolaire humiliant, et intervenant si tôt dans son existence, ne vienne dégrader durablement son image, à ses yeux et à ceux des autres, ruiner tout à la fois la confiance qu’il aurait en lui, et les espoirs placés en lui par ses parents.

Il n’a surtout pas la responsabilité de la représentation globalisante et dévalorisante, de ce que sont les siens et lui-même, telle qu’elle se trouve véhiculée par l’opinion dominante, encouragée en cela par certains média et hommes politiques, par le rappel incessant et obsédé, quant ce n’est pas carrément l’exagération, de leurs échecs, et telle qu’elle tend à lui signifier, que bien qu’il soit né dans ce pays, il n’en participe pas réellement compte tenu de ce qu’il est.

Enfin, il n’a pas la capacité individuelle de lutter contre les préjugés discriminatoires, qui le pénaliseraient dans la recherche d’un emploi ou d’un logement, et qui le signifieraient par son faciès, comme étant un délinquant probable, sinon certain.

Il est temps d’en finir avec cette légende du “self made man”, dont se targuent à l’envie, ceux dont la réussite sociale n’est due qu’au fait qu’il ont bénéficié dès leur naissance, des meilleures cartes pour leur jeu. Car, même ceux qui d’origine modeste, ont malgré tout réussi, ils ont de toutes les façons forcément bénéficié d’un environnement familial favorable, c’est à dire rassurant, éducatif, et incitatif, grâce auquel s’est constitué leur confiance en eux, et un imaginaire de leur cheminement vers la réussite, qu’ils ont toujours su leur être accessible. Or, il est clair que par delà même les insuffisances matérielles pénalisantes, c’est surtout parce que malgré la meilleure volonté de leur parents, ils n’ont pu bénéficier du renforcement psychique indispensable à leur structuration, que ceux des quartiers dit “défavorisés”, le sont.

Symétriquement, il est temps d’en finir également avec ces autres explications stupides et outrancières qui, en rendant le défaillant strictement responsable de son état, permettent à ceux de la réussite, de s’octroyer sans aucune mauvaise conscience, et pour eux seulement, les avantages de l’efficacité productiviste de la société, dont ils se prétendent alors en être les seuls acteurs positifs. Ceci, alors que pour l’essentiel, c’est par le concours et même sur le dos des plus modestes, que celle-ci se trouve le plus fréquemment établie.

Il nous faut aller maintenant au-delà de cette proclamation habituelle d’honnêtes gens, selon laquelle il y a justice dans le simple fait qu’ils soient gratifiés, et les autres sanctionnés, pour pouvoir accéder à une véritable justice, c’est à dire une institution qui serait vigilante quant bon fonctionnement des différents mécanismes de la société, et qui prendrait en temps et en heure, toutes les dispositions préventives permettant qu’enfin les choses y tombent juste. Car, selon sa fonction actuelle, tout se passe comme si, participant d’une société offrant des chances égales à tous, et disposant en ce sens tout autant que les autres, de tous les moyens matériels, psychiques, et sociologiques, de la réussite, c’est par pur choix personnel, comme pour répondre à une sorte de délectation masochiste, que le criminel s’est employé à mener la vie dissolue, d’errance et de désolation, qui l’aura finalement conduit à commettre son forfait.

Ainsi, qu’il s’agisse d’une infirmité de sa nature, c’est à dire d’une structure psychique et émotionnelle, problématique et ténébreuse, qui rendrait un individu incapable “d’égards” envers les autres, et de la moindre discipline, ou qu’il s’agisse d’un manque de structuration sociale, ou encore de blessures de l’existence, pour la guérison desquelles, il se justifie de son insoumission à la loi, nous constatons que dans tous les cas, c’est la responsabilité collective qui se trouve engagée. Et ceci, pour la bonne et simple raison toute bête, que seule la société,possède les moyens d’un règlement de ce problème.

Exiger d’un individu mauvais, qu’il se fasse bon par lui-même, comme s’il possédait par devers lui, les moyens de son “auto-bonification”, et qu’il refusait tout simplement de les mettre en oeuvre, et ceci, sous la menace de lui faire mal, et de le rendre encore plus mauvais, telle est la sottise grotesque et archaïque, sur laquelle repose encore hélas jusqu’à nos jours, honte sur nous, tout l’édifice de cette institution que nous appelons la justice.

La raison de la persistance indigne de cet archaïsme, n’est par très reluisante, mais il apparaît que le spectacle de la condamnation et de la punition infligée aux plus défaillants, tout comme la révélation obscène par le menu, de tous les détails de leur infamie, constituent pour bien de nos concitoyens, les seules véritables occasions de se positionner favorablement, en dénonçant bruyamment ce qu’ils ne sont pas, afin qu’on les sache bons, eux.

En effet, l’élément le plus fondamental de la notoriété des gens, c’est tout simplement le fait d’être déjà “d’honnêtes gens”, ce qui nécessite qu’il y en ait de mauvais, sans lesquels ces gens ne seraient plus rien, leur notoriété devant alors s’établir selon d’autres exigences. C’est probablement ce qui explique l’indifférence qu’ils manifestent concernant les mesures de “prévention” du crime, qu’il faudrait que prenne énergiquement la société, alors même que ce n’est que par de telles mesure, qu’ils peuvent espérer se trouver réellement à l’abri. Non, ils privilégient majoritairement la répression, avec ceci de remarquable, que la prévention engage leur responsabilité, ce qui n’est pas le cas de la répression d’un crime, dont ils ne se sentent en rien coupables.

Ce qu’il y a de totalement ahurissant dans cette affaire, c’est qu’à des fin électoralistes, cette attitude peu courageuse et méprisante, a malgré tout été relayée pour leur clientèle, par des leaders politiques de la droite la plus réactionnaire, qui sont alors partis en campagne, contre toutes les mesures de prévention, telles que la police de proximité, pour ne faire la promotion que du tout répressif.

Or, quant on demande à ces justiciers du dimanche, pourquoi s’acharnent-ils à ce point sur des hommes déjà à terre, ils disent que c’est afin d’exemple, pour en dissuader d’autres, de s’engager dans les même voies. Nous devons alors comprendre que c’est à titre préventif ! Il faut avoir de la constance pour pouvoir suivre dans toutes leurs errances, les raisonnements tordus de ces bateleurs de campagne électorale. Car, la philosophie de ces mabouls, réside dans l’option de ne pas faire de prévention, mais faire de la répression, à titre préventif...!

En toute honnêteté, et à l’instar de ces médecins chinois qui ne se font payer, que tant que leur patient demeure en bonne santé, et qui assument en toute responsabilité, ses cas de maladie, en cas de défaillance d’un de ses enfants, c’est la société elle-même qui devrait être “incriminée”, pour ne pas avoir su, ou pas avoir voulu, mettre tout en oeuvre pour lui éviter sa défaite, alors même qu’elle seule pouvait le faire, et que telle était sa haute responsabilité.

Nous sommes actuellement bien éloignés, d’adopter majoritairement cette position, avec une société qui fait payer à ceux qu’elle a le plus ignorés et le plus malmenés, les crimes qu’inévitablement leur mauvais état, et leur incapacité à cause de cela même, de se contenir, parce qu’aucun scrupule alors ne les habite, les a conduit à accomplir. Or, ce qui leur est tout d’abord reproché, c’est à dire précisément le fait de n’être encombrés par aucun scrupule, constitue la manifestation même de leur infirmité psychique, puisque les honnête gens eux, ne se sont mis à aucun moment en quête d’acquérir ceux-ci, pour qu’on puisse leur accorder le mérite de les avoir trouvés et d’en posséder. Ils les ont tout simplement toujours eus.

Il a résulté de tout cela, un divorce qui n’a fait que croître tout au long des années, entre ces deux acceptions du mot “justice”, tel qu’il désigne à la fois l’institution, ou le concept moral et philosophique. La première n’a en effet pour mission, que de maintenir la cohésion de la société, en veillant au respect des droits et à l’application de ses devoirs par chacun, tels que ceux-ci se trouvent spécifiés par la loi, en sanctionnant les contrevenants à celle-ci, et en arbitrant les conflits. Mais, cette justice qui pour l’essentiel, se borne à l’application de la loi, et dans laquelle “l’appréciation” du juge n’intervient que quant aux imprécisions de celle-ci, n’a pas vocation à traiter de ce qui, selon toute la rigueur philosophique, est “juste”. Dès lors, compte tenu que loin d’être le fait de commissions neutres, la rédaction de la loi elle-même demeure le fait de groupes partisans, à l’heure où ceux-ci exercent les responsabilités, en veillant scrupuleusement au respect de lois parfois tendancieuses, cette justice en arrive à rendre des décisions totalement “injustes”, d’un point de vue philosophique.

Or, c’est bien parce que la justice institutionnelle se trouve de plus en plus éloignée de l’idée philosophique de justice, qu’elle persévère dans l’application archaïque du principe de punition, qui n’est finalement que la prolongation d’une méthode parfaitement valable pour l’éducation des enfants, mais dont il faut comprendre qu’elle est totalement hors de propos, concernant le monde des adultes. Car, la récidive désespérante de ceux qui furent ainsi punis, de même que l’augmentation continuelle de la criminalité, démontrent bien qu’à ce niveau, elle n’a plus aucune valeur éducative, et pas davantage de valeur préventive.

Bien sûr, la punition demeurera nécessaire à la société, parce qu’il lui faut de la sorte réaffirmer régulièrement son autorité, ses lois avec leurs interdictions et leurs obligations, et sa franche détermination à les faire respecter, puisqu’il s’agit en ces dispositions, d’éléments fondamentaux du contrat qui lie tous les citoyens en la cité, et qui les justifie comme tels. Mais, cette société ne peut prétendre régler ainsi, ce difficile problème de la criminalité, puisque la véritable cause de celle-ci, qui est en fait l’absence de dispositions préventives, relevant de la responsabilité collective, n’est jamais envisagée.

Car, ce qu’il nous faudra admettre une bonne fois, afin de faire diminuer la criminalité, c’est que nous ne parviendrons en aucune façon à “éviter le coup”, en prenant des mesures de répression qui elles, n’interviennent justement “qu’après les coup”, celui-là qui les justifie.
Et qu’on ne nous parle pas de l’exemplarité de la peine, puisque un alourdissement de celle-ci, n’a justement pas produit cet effet, et que les nations qui ne se gênent pas d’appliquer la peine fatale, continuent d’avoir un taux désespérant de criminalité.

Ce n’est donc qu’en réconciliant l’institution avec les exigences basiques de la morale, celles qui conduisent à penser qu’aussi cruel et crapuleux qu’ai pu être leur forfait, il n’est pas juste qu’une société s’en prenne aux hommes perdus, qui lui doivent d’être ainsi devenus, que par delà tous ces concepts bornés en matière de sécurité, qui refusent de s’effacer devant la réalité, sera entamée la recherche des vraies solutions à cette question délicate.

Toute notre difficulté consiste à savoir maintenant, quelles sont donc les dispositions préventives d’encadrement de leur développement et de leur éducation, devant être prises, pour que des enfants que nous constaterions normalement conçus, n’en arrivent jamais à franchir les limites d’un comportement convenable, et pour que pour ceux dont nous serions amenés à constater une fragilité de leur caractère, soient encadrés avec davantage encore de précautions. Il est alors facile de comprendre pourquoi tant de gens de la droite réactionnaire, ne veulent rien savoir des mesures préventives de lutte contre la criminalité. C’est en fait tout simplement, parce qu’ils sentent bien confusément, comme nous tous d’ailleurs, ce qu’une analyse rigoureuse des mécanismes réglant la vie en société ne peut que confirmer, à savoir que les dispositions nécessaires à la réalisation convenable des jeunes citoyens de ce pays, sont en réalité indissociables de la satisfaction des revendications sociales les plus classiques, de justice, d’égalité, et de dignité.

En fait, cette proposition ne doit pas nous surprendre, car elle correspond simplement au fait que, hors des enseignements des doctrines religieuses, lesquelles traitent normalement de ces aspects non évidents des choses que nous disons ésotériques, ce que nous concevons comme étant le “convenable”, ne se trouve pas établi sur des absolus, mais relève précisément de “conventions” intuitives, établies entre les membres d’une même société, selon leur sensibilité.
Comprenons bien ici que, procédant par définition même, de sa relation avec les autres, le convenable n’est pas réductible à l’individu, ce qui fait qu’en aucune façon, il peut en avoir par lui-même, ni la notion, ni la maîtrise.

Ceci signifie clairement que c’est par la relation sociale, et par rien d’autre, que s’établit le convenable, et qu’a partir de la pleine intégration idéale d’un individu au sein de sa société, toute diminution de ce lien indispensable, par une disqualification puis une marginalisation, logiques de l’injustice sociale, ou une discrimination pour des raison raciales, culturelles, ou confessionnelles, le condamne mécaniquement à “l’inconvenance”.

Nous pouvons encore envisager tout cela différemment, d’une façon plus synthétique, en remarquant simplement que quel qu’il soit, un “être” ne peut manquer d’être logiquement le “sujet” de son exercice. Or, cet exercice possède nécessairement un “objet”, qui dès lors, selon le rapport par lequel se trouvent spécifiés un sujet et son objet, est forcément “ autre”, que cet être. Ceci revient à dire qu’un être ne pouvant exercer que sur ce qui lui est autre, il ne peut en aucune façon exercer directement sur lui-même, afin de s’établir “en convenance” avec les autres, par lui-même. Ce n’est donc que par un exercice des autres sur lui, en réponse à son exercice sur les autres à cette fin, qu’il peut se trouver établi en convenance avec eux, ce qui suppose alors bien sûr, son acceptation comme partenaire social, par ces autres.

Tout ceci revient à dire que la capacité d’un individu à “s’obliger”, ou à “s’empêcher”, afin de se conformer et de se maintenir dans une normalité comportementale conventionnelle, ne peut être constituée en lui, qu’à condition que s’établisse une relation favorable entre lui, et ses concitoyens. Ceci, parce qu’il s’agit dans cette détermination à exercer ou à s’abstenir, d’une manifestation de ce que nous nommons son “intention”. Or, ce que nous concevons comme étant l’intention qui anime un individu, ayant par définition “pour objet”, elle ne possède pas de résolution qui lui serait réductible, et qui constituerait une “auto incitation”, sur laquelle il aurait donc autorité, et telle qu’il lui appartiendrait de se construire lui-même, une bonne ou une mauvaise intention, dont il en serait alors responsable. Comprenons ici que,si celui-ci pouvait exister isolément, c’est à dire hors de tout environnement, l’individu ne posséderait aucune intention, celle-ci constituant une donnée fondamentalement relationnelle.

Afin de nous réinscrire maintenant dans la voie d’un progrès social, abandonnée depuis plusieurs décennies déjà, il est temps aujourd’hui d’en finir avec cet archaïsme conceptuel, qui consiste à penser que le crime est le fait d’individus dont la mauvaise intention et leur manque de maîtrise d’eux-mêmes, ne relève que de leur seule nature, dont on les rend d’ailleurs inutilement responsables, ou d’une volonté de nuire, qui ne prendrait naissance qu’au fond d’eux-mêmes. Car, s’il est certain qu’une même sollicitation produira, en fonction d’une “perméabilité” à celle-ci qui est logique de leur nature, des intentions différentes sur des individus différents, et si leur “réponse” à cette sollicitation est elle aussi logique de leur spécificité, pour autant, s’il n’était cette sollicitation, aucun d’eux ne se trouverait mal ou bien intentionnés selon elle, et s’ils bénéficiaient en la circonstance, d’un encadrement incitatif ou dissuasif adapté, ils ne risquerait d’y apporter une mauvaise réponse.

La responsabilité d’une société digne de ce nom est donc de déceler ceux des siens qui sont par trop perméables à une sollicitation, et qui partant de là ne possède pas une maîtrise suffisante d’eux-mêmes, pour qu’ils ne se retrouvent pas dans des situations limites pour eux. Ainsi faudrait-il par exemple, que soit reconnu enfin un droit légitime à ne pas être sollicité, pour tous ceux dont leur “avidité” excessive, témoigne en réalité de leurs carences affectives, alors même qu’ils ne possèdent pas les moyens matériels de la satisfaire.

D’autre part, il faudrait que par un exercice “adjacent”, et dans des formes qui lui soient acceptables, c’est à dire qui ne soient pas humiliantes, et ne semblent pas attenter à sa liberté, la société s’en vienne renforcer une capacité insuffisante de l’individu, à se maîtriser.

Cette impossibilité de l’individu, d’avoir de par lui-même une capacité à s’obliger ou à s’empêcher, était bien connue des anciens qui comprenait que les individus ne pouvaient être déterminés, et par cela “intentionnés”, que de ce qu’ils étaient, leur “état”, à ce qu’ils faisaient, leur “projet”, et qu’ils ne pouvaient donc s’établir en convenance les uns avec les autres, que par un projet commun, nécessitant qu’ils se soient déjà associés pour cela.

Ainsi, la détermination de l’individu “en convenance”, c’est à dire “bien intentionné”, s’établissait par le fait qu’il se trouvait associé en son état, il avait alors qualité de “socius”, mais également en son projet, selon sa qualité cette fois, de “civis”.

Dans cette compréhension des choses, la “société” (societas), avait pour fonction essentielle de construire le projet commun du vivre ensemble, c’est à dire la “cité” (civitas), afin d’une convenance entre individus que nous appelons précisément la “civilité” (civilitas).

Soyons bien attentifs alors au fait que, si en français, le terme “citoyen” se décline de celui de “cité”, en décrivant ainsi la qualité d’un individu par son appartenance à une cité, dont le fait l’a précédé, il en est tout à fait inversement en latin où “civitas” se décline de “civis”, et où est donc dit citoyen, celui qui se trouve associé dans un projet commun afin de bâtir la cité, de sorte qu’il “précède” celle-ci, mais n’en “procède” pas.

D’autre part, il était clair pour ces vaillants anciens, qu’une société qui ne se donnait pas pour principale mission, de rassembler sans exclusive les siens dans un projet commun, n’avait aucune chance de voir ceux-ci manifester du “civisme”, puisque telle ne peut être là, qu’une qualité fondamentale du “civis”. Ainsi, espérer ou exiger, afin d’une pleine intégration de ceux-ci dans la cité, que les exclus manifestent tout d’abord leur bonne volonté civique, est-il tout à la fois vain, et stupide.

Tout ceci pour dire enfin, que ce n’est certainement pas par la politique du Kärcher, relevant de la philosophie de quelques attardés, que le douloureux problème de la criminalité et de la délinquance sera réglé, et qu’il importe tout d’abord pour cela, de mettre fin à toutes les formes d’exclusion et de discrimination, telle que toutes celles dont résulte, ainsi que nous la connaissons, ce que nous appelons précisément la “banlieue”.

Rappelons qu’à l’origine, on désignait ainsi l’ensemble des habitations situées au-delà des murs protecteurs de la cité, c’est à dire dans un lieu où s’exerçait une autorité seigneuriale, le “ban”, désavantageuse pour ces habitants, qui ne pouvaient par exemple y exercer de “francs métiers”, c’est à dire des activités libres de certaines charges, et qui constituait ainsi physiquement et socialement, comme jusqu’à aujourd’hui d’ailleurs, un lieu “d’exclusion”, où l’on se trouvait “mis au ban”.

Retenons donc qu’une société ne peut exercer positivement sur tous ceux qui pour des raisons diverses, se trouvent rassemblés en elle, afin que s’établisse une convenance entre eux et qu’ils parvienne par cela à leur excellence, et permettent celle de cette société elle-même, que si elle s’emploie avec détermination, sans exclusive, et sans discrimination, tout d’abord, à les reconnaître comme étant bien tous les siens, et à les fédérer dans le projet d’un devenir ensemble, et pour le meilleur, qui était connu jusqu’alors sous l’appellation de “progrès”.

Il faut donc que la vocation au progrès de la société, la fameuse “utopie”, à laquelle sous quantité d’arguments de raison, les ténors d’une gauche complexée, nous ont amené à renoncer, soit vivement réaffirmée et poursuivie, même s’il est vrai qu’elle ne sera jamais atteinte, puisque l’exactitude n’est pas de ce monde. Car c’est malgré tout par sa poursuite, et ce n’est que par cela, que peut être établie en cette société, une dynamique positive. L’utopie n’a évidemment pas vocation à être jamais atteinte, mais elle doit ardemment être poursuivie, et ceci, aussi certainement que même s’ils n’atteindront jamais le ciel de cette façon, les hommes doivent en permanence tendre vers lui, pour pouvoir être et demeurer “debout”.

Tout le reste, c’est à dire tous ces discours fréquemment insipides de période électorale, où des leaders politiques manifestant volontiers leur superbe narcissique, alors qu’en réalité ils demeurent totalement ignorants d’une réalité du peuple qu’ils ne vivent à aucun moment, se proposent de faire son bonheur, sans lui, malgré lui, ou même parfois contre lui, confine à l’insignifiance…


Paris le 21 février 2011
Richard Pulvar

UNE NATION ORPHELINE

Une sévère perte d’audience a frappé ces derniers temps, la grande messe du 20 heures, de la chaîne de télévision privée TF1. Par extraordinaire, la raison en a été les événements de Tunisie. En effet, la gravité de ceux-ci, leur rapide contagion à d’autres régions du monde méditerranéen auquel nous appartenons, et leurs implications, tant dans la politique étrangère, que dans la politique intérieure de notre pays, ont fait qu’il n’était décemment pas possible, pour la rédaction de ce journal, de se satisfaire de la facture habituelle de celui-ci.

Ainsi, le basculement de cette partie du monde, dans une révolution que tout pouvait logiquement laisser prévoir, mais dont notre inébranlable disposition à ignorer les évidences, en a fait une surprise, ne pouvait-il pas continuer à être ignoré pour que puisse tranquillement continuer d’être édité, ce journal de chats écrasés et de faits divers, qui à donné à cette chaîne, une réputation peu flatteuse, auprès de beaucoup d’entre nous. Cependant, cette nécessité de traiter pour une fois d’un véritable événement, plutôt que de s’employer encore à en faire un, du vent en novembre, ou de noël en décembre, ne fut absolument pas du goût de ses fidèles, qui alors l’ont abandonnée, pour s’en aller trouver ailleurs la futilité qui leur permet d’ignorer confortablement, l’angoissante réalité des choses.

Bien sûr, ce refus déjà de savoir, et donc par-là, “d’assumer”, les redoutables difficultés qui se posent dans nos sociétés d’hommes, théâtres d’affrontements millénaires entre une quête d’intérêts particuliers propre aux individus, et la nécessité impérative que soit préservé au bénéfice de tous, un intérêt commun, est certainement du pour beaucoup, au vieillissement dramatique de notre société. Il n’y a lieu de s’engager en effet, que pour l’avenir. Or, les seniors issus des générations égoïstes de “soixante huitards”, ne sont préoccupés que de vivre tant qu’ils le peuvent encore, l’instant présent. Ils ne sont d’ailleurs en rien dérangés, de constituer les seules générations qui, depuis des siècles, transmettrons ce pays à leurs enfants, dans un état plus défavorable que celui dans lequel ils l’ont trouvé.

Mais, par delà ce renoncement qui fut celui de certains, d’avoir le progrès “en charge”, il nous faut constater dans ce désintérêt des citoyens pour des questions politiques et sociales qui les concernent pourtant directement, qu’exerce un mal insidieux qui d’une façon générale, c’est à dire toutes générations confondues, frappe cette société, en ramenant nombre de ses citoyens, à ce qu’il convient bien d’appeler un stade “d’irresponsabilité infantile”.

Sans davantage de développements préalables, cette proposition peut surprendre, mais il semble bien, au regard de la futilité de ce qui constitue l’intérêt et la préoccupation de nombre de nos concitoyens, à l’heure même ou les événements internationaux et la nouvelle réalité du monde qui se met en place, exige impérativement d’eux, la plus grande vigilance, et le plus grand engagement, que la société française soit globalement frappée de “régression”.

Il s’agit là de ce mal que les psychologues identifient couramment chez des individus, lorsque ceux-ci se trouvent confrontés à une épreuve qui les défie, et qu’ils ne se sentent la force d’affronter. Leur refus devant l’obstacle se manifeste alors par le fait qu’ils adoptent des attitudes qui les disculpent d’un abandon de leurs responsabilités, qui sont donc des attitudes de “l’enfant”, tel que celui-ci se trouve déchargé de celle-ci, par la grâce de ses parents. Cet artifice leur permet d’ignorer la réalité et par là, de conserver leur sérénité en ne se voyant que face à des épreuves connues, qu’ils ont déjà surmonté. Il s’agit donc d’une sorte de retour en enfance, mais qui n’a rein à voir avec le phénomène qui frappe habituellement les anciens. Cependant, pour que cet abandon puisse se faire, il leur est nécessaire de pouvoir se sentir sous la protection d’une parenté quelconque, qui elle, assumerait les difficultés.

En admettant que, par delà ses individus, la régression peut frapper la personne morale que constitue une société, à l’occasion de défis qui lui seraient lancés par d’autres, et qu’elle ne se sentirait pas la force de relever, il n’est pas incohérent de penser que, face au redoutable défi que constitue la mondialisation, avec la concurrence permanente et épuisante que lui inflige les pays émergents, la société française soit frappée de régression. Et ceci, comme cela semble avoir déjà été le cas, à des moments difficiles de son histoire, tel que l’occupation. Car, son “inadéquation” aux exigences de notre époque, au sujet de laquelle, loin de l’aider à en sortir, sa propre classe dirigeante lui fait querelle, devient de plus en plus patente, et elle sent bien confusément, qu’elle n’est plus en condition pour faire face à cette compétition.

Il est manifeste que la société française d’aujourd’hui, a baissé les bras et qu’elle ne s’envisage plus réellement jouer dans la cour des grands. Car, face à un défi comme celui de la démographie par exemple, elle se contente de constater son vieillissement et en prend acte, sans jamais se donner aucun moyen pour y remédier, et sans même songer un seul instant à le faire. Mais à cette difficulté s’ajoute le fait que, du fond de sa régression, elle ne parvient pas à se situer sous la protection rassurante d’une parenté, car elle se découvre alors, “orpheline”.

En effet, la société française est orpheline, et ceci, depuis plusieurs décennies déjà. Elle l’est en fait depuis la disparition du général de Gaulle, dernier vrai “Père de la Nation” vécu comme tel, et depuis, elle se languit d’attendre “papa”.

En fait, même s’ils ne l’avouerons jamais, pour ne pas sembler vouloir se mettre eux-mêmes sous tutelle, et renoncer à leur responsabilité, d’une façon peu reluisante il est vrai, qui de plus, s’inscrirait à contre courrant de l’évolution démocratique des sociétés avancées, les Français attendent confusément qu’advienne le “chef”, celui aux ordres duquel ils seraient obligés, par la force des circonstances, de se soumettre, sans faire injure à leur conscience. Ceci, à la façon de la république romaine, où se trouvait désigné temporairement un dictateur, pour sortir des périodes de crise. Il ne leur manque pour s’abandonner, que d’être convaincus, grâce au charisme exceptionnel qu’un des leurs fils manifesterait, que s‘est bien révélé ainsi, le tribun susceptible de les conduire enfin vers la voie de l’efficacité et du salut.

Bien sûr, les qualités fondamentales de ce “recours”, devraient être le désintéressement personnel, et la bienveillance, c’est à dire l’exact contraire de l’autoritarisme outrancier et finalement ridicule, qui caractérise l’actuel séjour de “sa petitesse” au palais, cet homme qui, par l’esprit, ne se sera jamais situé à la hauteur de l’événement, et dont les Français acceptent désormais les frasques, comme un châtiment, pour lui avoir permis d’être là.

Mais soyons clairs. Souhaiter secrètement qu’une autorité bienveillante s’en viennent mettre enfin de l’ordre dans les choses, et signifier la bonne direction afin du meilleur avenir, correspond bel et bien à une quête du “père”, selon un sens que lui donnent les psychologues, c’est à dire, un “adulte mâle référent de loi”. C’est probablement ce qui explique l’indolence et la désinvolture “nihiliste”, par lesquelles les Français se montrent prêts à ce qu’il advienne n’importe quoi, puisque le pire serait qu’il n’advienne rien, et en se disant alors que le chaos, forcera la décision d’un sauveur.

Les Français sont donc en attente depuis des années, d’un nouveau Père de la nation qui présidera à une nouvelle fondation de celle-ci, en vue d’une renaissance de ce que fut sa brillante civilisation, dont ils se montrent actuellement, il faut le dire, des héritiers indignes.

Ni Georges Pompidou, issu du monde des affaires, ni Valéry Giscard d’Estaing, faux aristocrate guindé, dont les tentatives malgré tout sincères, de s’accorder le peuple, ne pouvaient qu’échouer, tant il existait dès le départ, de distance entre lui et ce dernier, n’ont pu remplir ce rôle.

François Mitterrand quant à lui, ne pu tout juste être vécu que comme “tonton”, et ceci, pour les siens seulement. Car, si sa politique sociale s’accordait bien à un rôle de père, il avait bien trop critiqué en tant qu’opposant, la politique de grandeur et de fierté nationale qui était alors incarnée par le général de Gaulle, et qui constitue logiquement, l’autre rôle fondamental et indispensable d’un père de la nation. Parce qu’elles n’étaient évidemment pas inscrites dans un programme électoral destiné tout d’abord à le faire élire, et ce, par les plus modestes, les merveilleuses réalisations architecturales inattendues de sa part, mais dont il fut cependant le génial instigateur, n’ont pas permis qu’il soit reconnu et vécu dans sa qualité “paternelle”.

Avec sa bonhomie, Jacques Chirac disposait d’un atout indéniable, et sa volonté de défendre farouchement les intérêts extérieurs de la nation, selon le principe : “ qu’elle ait tort ou raison, ma patrie d’abord”, aurait pu le mettre en situation. Sa très controversée reprise des essais nucléaires, mais surtout, son attitude courageuse dans la question de la guerre d’Irak, par la voix de son ministre Villepin, témoignent de ce que telle fut bien, sa préoccupation.

Malheureusement, malgré son magnifique “musé des arts premiers”, réalisation unique au monde, un manque d’ambition, de projet, et bien sûr de moyens pour ces derniers, ne lui a pas permis de s’inscrire favorablement dans le personnage tant attendu d’un “chef suprême”, ou celui de “grand timonier”, pour que les Français puissent alors éprouver avec soulagement, le sentiment qu’il y a enfin ici quelqu’un qui “prend les choses en main”, autrement dit, quelqu’un qui “gouverne”, tout simplement.

Car, n’en déplaise à tous ceux qui, comme moi-même il y a seulement quelques temps, continuent de penser que, capable de toutes les audaces, le peuple n’aspire qu’à entreprendre, qu’il ne se bat que pour s’en garantir la liberté, et assumer par cela, le plus de responsabilités, il s’avère qu’en réalité, plus de trente années d’échecs successifs et de désillusions, quant au règlement de ses problèmes récurrents, ont provoqué sur lui une véritable “castration”, qui a anéanti son enthousiasme, sa confiance en lui et en l’avenir, et sa foi en le progrès.

Culpabilisé par une pseudo élite malfaisante, le rendant coupable de son tourment, ceci, pour avoir voulu une vie meilleure et plus facile, ce peuple n’ose même plus regarder ses rêves en face, comme si ceux-ci étaient illégitimes et indécents, et les a remisées dans un placard d’intentions malignes. L’ampleur de ce renoncement est telle que, même sa révolte, ne serait pas pour autant porteuse de projet. C’est dire s’il n’est pas en état d’avoir lui-même, les initiatives nécessaires pour s’établir selon une nouvelle fondation, et il le sait bien...

Lassés du jeu stérile des hommes de partis, dont ils ont pu constater, puisque chacun de ceux-ci a eu ses heures aux affaires, que, pour autant que les politiques menées furent sensiblement différentes, aucune de celles-ci n’a abouti au règlement d’un seul des problèmes qui les étreignent, les Français s’en remettent désormais aux voies de la destinée, ils lèvent les yeux vers le ciel, et attendent l’illustre inconnu, qui donnera son nom à son action salvatrice.

Malheureusement, où que se portent nos regards, nous ne voyons pas poindre le grand leader charismatique tant attendu, et qui tel le messie, n’arrive jamais parce que tout le monde l’attend. Tout l’horizon est obstrué par la mise en scène des partis politiques où l’on s’agite, et où les soigneurs s’activent à préparer leurs champions, en vue de la grande compétition. Mais, en compulsant la nomenclature des candidats probables ou déjà déclarés, auxquels il faut bien sûr reconnaître le grand mérite de l’être, sans vouloir être inconvenant à leur égard, leur ferait-on injure en constatant le plus simplement du monde, qu’aucun d’eux ne se situe au niveau de l’espérance des Français, et ne possède donc la dimension de l’événement.

Qu’espèrent donc tous ces gens qui préparent l’élection de 2012, comme s’il ne devait s’agir que d’une formalité administrative ?

Car soyons clairs. Même si cet événement se produit à la suite d’un mouvement populaire, ayant rassemblé la contribution matérielle ou intellectuelle du plus grand nombre, le pays ne sortira de sa torpeur, que sous la conduite d’un homme à la carrure exceptionnelle, représentant cette pluralité, et dont les partis politiques ne possèdent selon cette définition, aucun exemplaire. Il n’y a donc que si cet événement salvateur ne se produit pas, que les partis politiques auront encore matière à exercer, et ils n’ont de raison en fait, que pour la continuation, avec bien sûr des différences logiques de leurs différentes chapelles, du même système.

Se pourrait-il qu’ils en prennent conscience, et qu’il réalisent qu’en tant que patriotes, le plus grand service qu’il leur est possible de rendre à la nation, c’est de cesser d’obstruer l’horizon, avec leurs candidats en béatitude, pour que nous puissions enfin apercevoir l’illustre inconnu qui par nécessité historique, s’amène...On peut rêver...



Paris le 9 février 2011
Richard Pulvar

jeudi 20 janvier 2011

QUI SERONT LES NOUVEAUX FONDATEURS ?

En cette période d’incertitudes, où une frénésie s’empare déjà des milieux politiques, en vue de l’échéance de 2012, il n’est pas inutile de rappeler ici quelques “fondamentaux”, quant aux dispositions nécessaires à l’établissement d’une véritable “dynamique sociale”, susceptible de mettre en œuvre un potentiel dont une société ne peut manquer d’être dotée. Car, il est toujours possible de concevoir un programme politique qui serait à la fois exigeant, et généreux, mais celui-ci ne demeurera qu’une belle construction intellectuelle, si la société à laquelle il s’adresse, ne se trouve pas déjà dans une disposition lui permettant d’une façon générale, de simplement “exercer”, capacité fondamentale, qui n’est pas sans nécessité.

Je vous propose ici une approche “cosmologique” de cette question, qui traite de ce qu’il convient de mettre en place, pour que soit établie la capacité d’un peuple à exercer. Ses premiers paragraphes pourront sembler rébarbatifs, à ceux qui ne sont pas accoutumés à ce genre d’exercice, mais il est possible de les dépasser, pour s’en aller plus loin à l’essentiel, d’un point de vue plus particulièrement social et politique.

Les hommes qui se proposent de conduire les affaires du pays, ne pourront pas faire l’impasse quant à la question de savoir comment remettre cette république qui manifestement, se trouve à bout de souffle, en état de reprendre une saine marche vers le progrès à laquelle elle semble ainsi, avoir renoncé. Nous découvrirons que c’est dans l’idée que le pays se fait de lui-même, et dans la façon misérable dont il s’accepte, que se situe l’essentiel du problème. Ceux qui parviendront à changer cet état d’esprit, seront en ce sens, les nouveaux fondateurs.

Une société ne peut œuvrer, que si bien sûr, elle se trouve “déterminée” à cette fin, c’est à dire que si elle possède un objectif exigeant d’elle, qu’elle exerce pour y parvenir. Puisque telle est la condition de son exercice, et qu’elle ne saurait exister sans jamais exercer, ceci signifie que cette société doit être déterminée durant son existence, depuis son origine, jusqu’à sa disparition fatale, compte tenu qu’en notre monde, rien n’a vocation à l’éternité. C’est sa “détermination” sans laquelle elle n’exercerait pas, qui sous-tend du début à la fin, l’existence d’une société. Dès lors, en notant bien les deux acceptions que possède ce terme, celle spatiale de “définition”, et celle temporelle de “destination”, nous comprenons que sa détermination étant forcément établie dès son origine, puisque autrement elle n’exercerait pas, c’est corrélativement à la façon dont elle s’est trouvée constituée, sa définition, que se trouve établie, la capacité d’exercer d’une société, et par cela de devenir selon son propre exercice, jusqu’à sa destination.

Ainsi, constituant un lien transcendant le temps, entre son origine passée, et sa finalité à venir, la détermination d’une société la justifie en son “actualité”, tant dans “ce qu’elle est”, que dans “ce qu’elle fait”. Ceci correspond au fait que la “vocation” d’une société, est une “appellation” de celle-ci, reliant ce “par quoi” elle est appelée, à ce “à quoi” elle est appelée.

Tout ceci constitue un cadre théorique de raisonnement, mais il est bien évident que, compte tenu des aléas de l’histoire, celle d’une société ne saurait être réglée aussi rigidement, tout au long de son existence. Ceci, parce que ne nécessitant bien sûr de rien, pour être telle, “l’exactitude” est une disposition incompatible avec sa réalisation dans le temps, puisque cette réalisation répond justement à une nécessité. Ceci signifie que si l’exactitude se pouvait, elle serait immédiate, mais elle ne constituerait en aucune façon l’aboutissement d’une réalisation. Aucune vocation ne peut donc se réaliser selon l’exactitude.

D’autre part, ce que nous désignons comme étant le “possible”, est une disposition établie selon une pluralité d’options dont une seule se réalisera consécutivement à un “choix”. Ceci, parce que si les formes de l’instant suivant l’instant actuel, étaient strictement obligées, c’est à dire que s’il ne pouvait en aucune façon y en avoir d’autres, ceci reviendrait à dire qu’aucune condition à satisfaire préalablement, n’est nécessaire pour que ces formes soient. Celles-ci n’auraient donc aucune raison de ne pas être déjà, de sorte que dans un tel univers, tout étant immédiat, le temps n’existerait pas. Un choix de ce que doivent être leurs formes, parmi d’autres possibles, établissant la succession des instants, constitue ainsi une disposition nécessaire au développement du temps lui-même.

Or, il s’agit en ce choix, de celui qui s’opère par le simple fait de tout ce qui exerce et, concernant particulièrement le “devenir” d’une société, des décisions qui sont prises par elles, de poursuivre tel objectif plutôt que tel autre. Ceci fait qu’il arrive que les sociétés s’égarent, en se donnant un objectif incohérent avec ce que sont alors leurs véritables nécessités sociales, à cause d’un manque de pertinence quant à proclamation de leur propre identité, ou souvent, par manque d’objectif tout simplement, ruinées que sont les initiatives de leurs progressistes, par des prétextes de raison gagnant les consciences, sous la propagande des conservateurs. Elles manquent en ces situations, de satisfaire à ce à quoi elles étaient normalement vouées, telles que constituées.

Lorsque survient un tel malaise, il convient de restaurer la détermination de la société. Ceci, par le rappel de ce “pour quoi” elle est, sa finalité, en fonction de ce “par quoi” elle est, son origine. La difficulté de cette restauration, naît du fait que l’origine lointaine d’un peuple, se perd évidemment dans la nuit des temps, et que personne ne saurait davantage lui prétendre une finalité, par delà les siècles à venir. C’est donc selon le choix arbitraire d’un événement tout à fait particulier de son histoire, que se trouve proclamée son origine dès lors “mythique”, et selon une projection d’une portée pareillement limitée que se trouve proclamée sa vocation, qui ainsi est pareillement mythique, et qui doit être bien sûr logique en tant que “ce qu’il fait”, des caractères reconnus à ce peuple selon le mythe de son origine, “ce qu’il est”. Cependant, le caractère “choisi” parmi d’autres possibles, des éléments de la détermination d’un peuple, ne lui enlève ni son efficacité, ni son absolue nécessité. Car, si cette détermination est bien formulée, ce peuple exercera avec le sentiment d’être “bien né”, et d’avoir en conséquence à accomplir une mission à la dimension de ce caractère.

Tout ceci pour dire qu’une société se trouve déterminée entre un “mythe fondateur”, logique de sa constitution, qui la justifie alors dans “ce qu’elle est”, et un “mythe du progrès”, logique de sa destination, qui lui, la justifie dans “ce qu’elle fait”.

Toute la difficulté réside alors dans le choix et dans l’entretien en cours d’exercice, des éléments de cette détermination. Le mythe fondateur doit être formulé d’une manière telle qu’il n’exclut personne, car la société nécessite de la participation active et solidaire de tous, et le mythe du progrès doit être par ses promesses de mieux être, le plus attractif possible, pour que les citoyens soient alors puissamment motivés, afin de poursuivre l’objectif. Et ceci, en se moquant totalement de savoir s’il sera jamais atteint, car c’est par ce que nous mettons en œuvre dans la poursuite de cet objectif mobilisateur, que consiste l’intérêt de celui-ci.

Notre désolation actuelle tient au fait que l’ancien mythe fondateur de la métropole, “nos ancêtres les Gaulois”, n’a pas résisté à l’obsession stupide qui s’est manifestée, tant dans la métropole que dans son empire, à vouloir lui donner à tout prix, une signification ethnique. Or, quoiqu’en ont pu dire beaucoup, cette idée d’appliquer par convention, et sans distinction, un même mythe fondateur aux citoyens de toutes origines de l’empire, en se moquant ainsi de toute référence raciale, était “géniale”, mais certainement trop en avance, et par cela même, incohérente, pour cette époque.

Ce qu’il y a d’étonnant dans cette affaire, c’est que ce qui fut à l’origine de l’abandon de ce concept, c’est cette idée ahurissante qui encombre encore la cervelle de tant de gens, selon laquelle il leur serait possible de se reconnaître eux, comme étant effectivement des “descendants”, dans le sens génétique de ce terme, de si lointains ancêtres. Ainsi, nombre de Français demeurent-ils intimement convaincus, d’être génétiquement des descendants des Gaulois. Or, deux mille ans après la conquête de la Gaule dès lors romanisée, et tout au long d’une histoire de France si tourmentée, traduisant le passage de tant de hordes diverses en ce même territoire, à commencer par les “Francs”, et tout le brassage qui s’en est produit depuis, cette idée d’une filiation génétique des Gaulois aux Français, ne signifie strictement rien.

En réalité, et quoi que continuent à penser certains, les Français ne sont pas davantage descendant des Gaulois, que ceux auxquels l’attribution de ce caractère les a toujours fait rire. Ceci, même s’il est vrai que cet artifice semble moins en être un, s’agissant du rapprochement d’hommes blancs d’aujourd’hui, avec les Gaulois de l’antiquité.

Cependant, la persistance de cette conviction infondée, et les railleries dont elle a alors été le prétexte, a fait qu’il sembla confusément incohérent de faire relever les citoyens dits, “de couleur”, de l’empire, d’une même ascendance que les citoyens “blancs” de la métropole, et les premiers se sont eux-mêmes insurgés, à tort, contre cette attribution. Car il s’agissait là, d’une “convention” astucieuse, véhiculée par l’école de la république et qui, comme telle, présentait l’avantage de placer, quant à la justification de leur présence au sein de celle-ci, tous les citoyens sur un pied d’égalité, puisque d’aucun n’était en fait davantage descendant des Gaulois que les autres. Mais, certains s’étant persuadés de l’être, et s’employant pour cela à humilier les autres, cet artifice unificateur a finalement cessé d’opérer.

La décolonisation traduira, avec l’échec de cette tentative de justifier une diversité d’hommes, comme étant de plein droit les citoyens égalitaires d’une seule et même nation, toutes les outrances colonialistes qui n’auront jamais permis que cette ambition se réalise.

L’empire n’est plus, mais pour autant, le mythe fondateur justifiant par ses lointains ancêtres, la nation “telle qu’elle est”, ne fut pas restauré. Ceci, parce sous l’influence d’un parti de l’extrême, une large partie de la population a considéré que leur nation n’était précisément pas justifiable telle qu’elle était alors devenue, c’est à dire en ayant incorporé des hommes originaires de l’ancien empire, auxquels on avait déjà refusé en ces temps, l’égalité. Cependant, il restait une disposition de la loi, dite “droit du sol”, justifiant indépendamment de toute considération raciale ou autre, la présence d’un individu sur le territoire national, pour la simple et unique raison d’y être né. Ceci correspond d’ailleurs au sens fondamental du mot “nation” lui-même, qui selon l’évocation d’un fait “par naissance” de sa forme latine “natio”, désignait bien à l’origine, le fait global de “naissances” d’individus en un même lieu, la “nation” de ce lieu, individus qui se trouvaient solidarisés par cela, sous une même autorité.

Ainsi, privée d’un mythe fondateur, la nation se trouvait justifiée malgré tout par l’ensemble de ses “natifs”, auxquels il fallait donc reconnaître leur appartenance de plein droit à cette nation, autrement dit leur nationalité.

Mais, c’est ce que les racistes haineux et obsédés, étaient bien déterminés à empêcher, et leurs représentants, toujours prompts à servir les causes les plus malhonnêtes, se sont employés à défaire la loi fondatrice, en introduisant curieusement dans la définition du natif, le fait de l’être de parents déjà français, en considérant en quelque sorte que dans un autre cas, le natif ne l’était pas, et qu’il lui appartenait dès lors, d’aller se faire “naître” ailleurs.

Fort heureusement, cette loi dite “Pasqua” de 1993, supprimant l’accès à la nationalité par le seul fait de naissance, a été modifiée par la loi dite “Guigou” de 1998, mais une stricte égalité entre les natifs, n’a pas pour autant été rétablie.

Que seraient donc devenus les recalés de la nationalité selon cette loi, si elle était demeurée telle ? Hé bien tout simplement rien, puisque décidant de la nationalité française, elle ne décidait pas pour autant de la nationalité des autres pays, de façon à leur imposer de reconnaître comme étant les leurs, des individus qu’ils ne connaissaient ni d’Eve ni d’Adam. Il se serait donc constitué, au sein de la patrie, un groupe logiquement croissant “d’apatrides”, sans qu’on comprenne en quoi celle-ci s’en serait trouvée avantagée et renforcée.

Bien sûr, les imbéciles, pourtant parlementaires, qui ont concocté cette malpropreté, afin de permettre une expression légale aux bas instincts de leur clientèle, ont manqué de remarquer que si ceux qui les avaient jusqu’alors précédés dans leurs hautes responsabilités, s’étaient montrés aussi incohérents, il n’existerait tout simplement pas de peuple français, puisqu’en aucune circonstance il n’aurait pu se produire l’émergence des tout premiers Français, compte tenu que leurs parents ne l’auraient pas été. Il est vrai que cette sottise ne possède pas, heureusement pour nous, d’application rétroactive.

Revenue au pouvoir, cette gauche de “capons” que nous connaissons, qui n’a comme unique préoccupation, selon son argument alibi éculé, de ne pas faire le jeu du Front National, n’a pas selon cette philosophie, osé nous débarrasser totalement de cette insanité. Ainsi, les natifs issus de l’immigration, n’obtiennent-ils la nationalité française qu’à leur majorité. Il ne sont donc pas identifiables à la nation française jusque là, ni à aucune autre, et ne possèdent alors d’identité, que grâce à un artifice administratif dit “titre d’identité républicain”, leur permettant de circuler dans l’espace européen, et qui les réduit de fait, en une classe d’exclus, mais dans l’espace malgré tout, par la force des choses, de cette république.

Plus grave encore, le fait que les arcanes d’une administration, dont la trame de ses procédures en matière d’accession à la nationalité, comme pour d’autres démarches d’ailleurs, est tentaculaire, permet à des esprits malsains, pour ne pas dire à des “racistes”, tapis dans cet appareil de l’état, de maintenir par l’arbitraire et l’abus de pouvoir, hors de la communauté nationale, des natifs auxquels cette citoyenneté ne peut pourtant pas être refusée au nom de la loi. C’est ainsi que les travailleurs sociaux n’ont de cesse d’alerter les autorités du fait que, beaucoup de ceux qui sont présentés comme étant des “sans papiers”, sont en réalité des natifs privés des pièces administratives auxquelles ils ont droit, par des prétextes établis autour des quelques dispositions judiciaires qui permettent encore de les en priver, et qui demeurent en permanence sous la menace d’expulsion, en attendant qu’ils parviennent à faire reconnaître la pleine disposition de leurs droits civiques.

Qui peut sérieusement continuer à croire, qu’à l’heure où la concurrence furieuse qui existe entre les nations, impose à celle-ci d’exercer à 110% de leurs moyens, une nation établie selon un mythe fondateur aussi totalement et stupidement raciste que celui qui consiste à dire que, ne peuvent être français, que ceux dont les parents sont déjà français, se trouve dans les meilleures dispositions, pour faire face à cette concurrence. Ceci, alors qu’elle exclut elle-même de sa solidarité, une partie aussi importante d’elle, qui plus est, la plus jeune, contre laquelle elle s’attaque d’une façon totalement indigne, c’est à dire depuis le berceau, et dont elle exigera plus tard, après tant de suspicions, d’humiliations, et d’atteintes à sa dignité, que cette partie ainsi malmenée par elle, se reconnaisse malgré tout d’elle.

Il n’y a pas un humain sur cette Terre, pour s’accepter de bonne grâce comme étant un citoyen de seconde classe. Il préférera se voir appartenir d’une façon incontestable, à un autre groupe, serait-il moins prestigieux, plutôt que de se voir malgré lui dans un groupe où le fait d’en être marginalisé pour des raisons ayant trait à sa nature raciale, constituera pour lui une humiliation permanente.

Penser que ce sont des hommes prétendument “responsables” politiques de la nation, qui ont introduit en son sein ce ferment de division, donne une idée du désastre intellectuel et moral que celle-ci à subi, depuis les temps où elle faisait siens des hommes de toutes origines.

Tous ceux qui savent qu’il existe forcément un ordre logique des choses en notre univers, un “cosmos”, dont une des manifestations est l’ordre de la succession de ces choses, qui ne peut pas être n’importe lequel, puisqu’elles procèdent logiquement les unes des autres, comprend bien que le “ciel”, pour parler ainsi de la force implacable de la logique des choses, sera sans complaisance pour une nation qui crache comme celle-ci, sur certains de ses enfants, au prétexte qu’ils ne lui ressemblent pas.

Aujourd’hui, plus personne ne sait exactement qui est français, et surtout au nom de quoi, puisqu’il n’est pas établi pourquoi les parents de ceux reconnus comme tels, l’étaient déjà quant à eux, et ce manque de sentiment d’une appartenance incontestable à la nation française, prive cruellement celle-ci de l’enthousiasme et de l’engagement dont les hommes sont capables, quant ils se sentent bien chez eux et parmi les leurs, et qu’ils sont prêts dès lors, au plus grand sacrifice, afin de défendre “leurs fils et leurs compagnes”.

Il y a urgence, pour tous ceux qui, par cela même, seront les “nouveaux fondateurs”, de formuler un nouveau mythe fondateur de la nation française qui, selon une définition qui ne laisserait aucune chance aux racistes, de contester la présence de ceux d’une autre race que la leur au sein de cette nation, rassemblera tous ceux qui d’une façon ou d’une autre, sont appelés à œuvrer logiquement afin du meilleur de celle-ci. Il s’agit donc de tous ceux qui y vivent et qui entendent y demeurer, qu’ils soient d’ailleurs natifs, ou immigrés, parce qu’ils ont tous les uns et les autres, le même désir d’y vivre pour le mieux, objectif qu’une action publique organisant intelligemment les synergies, devrait leur permettre d’atteindre.

Sous la condition qu’une ambition nationale leur étant signifiée par les gouvernants, ils s’attachent scrupuleusement à y inscrire leur action, compte tenu que par cette conjonction de leurs intérêts particuliers en un intérêt général de la nation, ils se trouvent identifiés comme étant des "citoyens” de celle-ci, dans le sens fondamental de “civis”, c’est à dire “d’associés”, au fait de celle-ci, tous ceux qui sur son sol participent ainsi au développement de la France, sont logiquement des Français.

Ceci signifie que doivent être reconnus comme étant des Français, tous ceux qui simplement participent positivement à la réalité de la France, pour qu’il ne soit pas affiché, selon une définition restrictive de ce que sont ceux-ci, que les Français seraient à eux seuls, insuffisants à la France, et qu’il leur faudrait le concours de l’étranger, pour que soit leur pays, ce qui serait totalement ridicule.

L’autre aspect désastreux, de cette conception raciale et archaïque de notre nation, c’est qu’elle ne permet pas de l’engager dans tous ces projets ambitieux logiques de sa réalité, puisqu’en fait, celle-ci est déjà bel et bien multiraciale, comme il est facile de le constater. Ceci, alors même que cette caractéristique multiraciale est devenue extrêmement précieuse, car elle constitue désormais un avantage définitif dans l’actuelle compétition entre les nations, qui nécessite de mettre en œuvre une diversité de capacités, de volontés, et de sensibilités, qui ne peuvent évidemment pas être toutes représentées, par un groupe racial qui serait uniforme.

Il est manifeste à ce sujet, que les nations les plus efficaces et les plus dynamiques, sont multiraciales. Ainsi en est-il de ces grands empires que sont l’Inde, la Chine, et la Russie, auxquels nous manquons bien souvent d’attribuer ce caractère, parce qu’ils ont intégré cette diversité depuis longtemps, dans une solidarité politique, qui nous laisse les croire uniformes. Ainsi en est-il également de façon très évidente cette fois, de l’Amérique du nord, Etats-Unis et Canada, et des monarchies du golf qui atteignent parfois un rapport de 60% d’immigrés.

Mais il en est surtout ainsi de ces nations qui revendiquent si fièrement ce caractère, c’est à dire le Brésil, et l’Afrique du Sud, championnes incontestées de leurs continents, et qui se proposent sans complexe comme modèles, à l’heure d’un phénomène de mondialisation, dont nous comprenons bien, qu’il ne peut tendre qu’à amplifier la mixité raciale.

Face à cela, les obsessions raciales qui étreignent encore un pays comme la France, où la présidente du Front National recueille sur ces questions sensibles, près de 27% d’opinion favorable, et où, refusant d’observer ce qui se passe ailleurs, c’est à dire le succès éclatant des nations multiraciales qui s’assument comme telles, les citoyens ne veulent pas savoir que leur mentalité archaïque, est belle et bien cohérente avec la débâcle économique qu’ils subissent face à ces mêmes nations, donnent à ce pays un terrible coup de vieux. Quelle ringardise !

Notre malheur, c’est que pour avoir manqué d’en faire comme tous ces autres ont fait, un élément essentiel du dynamisme de leur nation, à cause de l’errance de nos responsables politiques tous bords confondus, désorientés dans leur désert conceptuel, la diversité raciale est fatalement devenue, ce que certains se sont acharnés à en faire, pour pouvoir justifier ainsi, leur aversion pour l’autre, la raison proclamée d’une débâcle sociale. C’est donc par elle que, avec une lâche facilité, tous les échecs de cette société, incivilité, délinquance, échec scolaire, chômage, et déficits, se trouvent expliqués.

Ainsi, après avoir détruit le fameux mythe fondateur “nos ancêtres les Gaulois”, dont, de toute évidence, seul le caractère “conventionnel”, c’est à dire dépassant la notion de race, devait être retenu, la vielle droite raciste et réactionnaire, s’est employée à détruire cette seule base réaliste de la nation que constitue le droit du sol. Et ceci, dans un pays qui jusqu’alors, était précisément dit “de terroirs”. Il est vrai qu’elle a reçu le soutien inattendu d’une gauche mal inspirée, qui a confirmé le fait migratoire comme étant une nuisance. C’est ainsi qu’un de ses leaders à dit à ce sujet et on s’en souvient, que “la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais qu’elle doit y prendre sa part”. Ainsi, pour cette gauche “défroquée”, le migrant ne restait qu’un traîne misère, et ceci, alors même que quelques années auparavant, un homme de droite cette fois, en avait fait “une chance pour la France”.

Il ne sera pas facile de remonter un tel courant de pensée aussi lamentable, pour que par la formulation d’un nouveau mythe fondateur vantant sa diversité raciale, les Français puissent se reconnaître et s’accepter selon cette réalité, et s’employer dès lors à en tirer le meilleurs profit. Ceci, à la faveur de la formulation là aussi, d’un nouveau mythe du progrès, tenant compte des opportunités formidables qui se présentent à notre époque, pour un tel pays, mais qu’une gauche intellectuellement anéantie, s’est jusqu’à ce jour, montrée totalement incapable de concevoir.

D’où viendrons donc les nouveaux fondateurs ? probablement des marges bariolées et basanées, justement, de cette société…


Paris le 18 janvier 2011
Richard Pulvar