samedi 20 juillet 2013

DETROIT, OU LA FIN D’UN REVE AMERICAIN



C’est en 1683 que, parti courir l’aventure dans le nouveau monde, et précisément dans ce qui constituait alors la “ Nouvelle France ”, c’est-à-dire un immense territoire établi sur une grande partie du Canada et des Etats Unis, particulièrement la région des grands lacs, dont les Français furent les explorateurs et colonisateurs, plus d’un siècle avant les Britanniques, débarque là, Antoine Laumet.

Cet aventurier désireux de faire peau neuve pour faire oublier ses turpitudes, changera son identité et prendra le nom d’Antoine de Lamothe-Cadillac, bien qu’il n’eut aucun lien avec le village de Cadillac, situé dans le sud-ouest de la France. Les nécessités de la colonie étaient telles que cet ancien flibustier parviendra à devenir capitaine des troupes de marine, et à la demande du comte de Frontenac qui était le gouverneur de la colonie, il commandera la construction d’un fort sur les bords de la rivière Détroit, qui était ainsi dite parce qu’elle reliait le lac Sainte Claire au lac Erié, sans pour autant constituer un véritable détroit.

Cadillac va donc donner à ce fort le nom de Fort Ponchartrain du Détroit, du nom de Jérôme Phélypeaux de Ponchartrain qui était le ministre de la marine de Louis XIV, et ce fort qui verra se développer autour de lui de nombreuses activités liées aux échanges avec les Indiens, sera à l’origine de la ville de Detroit, dont Cadillac est par le fait considéré comme en ayant été le fondateur.

C’est selon la même nécessité de commerce avec les Indiens que quelques décennies plus tard, un autre Français, Antillais celui-là, Jean-Baptiste Pointe du Sable, né libre, fils d’un marin français et d’une esclave noire de Saint Domingue, et que son père emmènera en France pour faire son éducation, s’étant rendu depuis la nouvelle Orléans où il avait débarqué, vers la région des grands lacs en remontant le Mississipi, établira un commerce sur les bords de la rivière “ Shekagou”.

Les Indiens lui faisant davantage confiance qu’aux colons et trappeurs blancs, son entreprise eut d’autant plus de succès qu’il épousa ensuite la fille du chef indien Potawatomi, de sorte que quantités d’autres activités son venues s’établir à proximité de ses bâtiments en constituant ainsi les origines de la ville de “ Chicago ”, dont Jean Baptiste pointe du Sable n’en fut reconnu comme en ayant été le fondateur, qu’assez tardivement.

Mais l’influence des Français dans cette région ne s’arrêtât pas là. En 1896, Henry Ford installa à Détroit son atelier de fabrication d’automobiles, qui deviendra en 1904, la Ford Motor Company. Il est rejoint là-bas par d’autres pionniers de l’automobile, les frères Dodge, Packard, et Walter Chrysler, et ceux qui en 1901, fondèrent une marque d’automobile à laquelle ils donnèrent à l’occasion de la célébration du bicentenaire de la fondation de la ville, le nom désormais prestigieux de “Cadillac ”. Mais, c’est un américain d’origine française, William Crapo Durant, brillant homme d’affaire, qui va fonder la puissante General Motors, laquelle sous sa conduite va racheter rien de moins que vingt cinq marques d’automobile, dont la célèbre Cadillac.

Evincé de son fauteuil de président de la société suite à de mauvais résultats, mais tout en demeurant administrateur de General Motors, William Durant va alors s’associer à un mécanicien et concepteur français qui était également pilote de course automobile, Louis Chevrolet, pour fonder la Chevrolet Motor Company. La vocation de Détroit à devenir la capitale mondiale de la construction automobile a donc été ainsi établie, et elle le deviendra. C’est d’ailleurs ce qui lui vaudra l’appellation de “Motor Town”, devenue ensuite “ Motown”, nom alors repris par une société d’édition de musique “soul”, celle qu’écoutait la population laborieuse qui avait envahi ses quartiers, au grand dam de ses habitants d’origine.

C’est ainsi que la ville qui atteindra sa population maximale en 1950, avec 1 850 000 habitants, va voir ce chiffre décliner régulièrement, parce que les blancs de ces années là vont fuir une ville vers laquelle se ruaient les noirs venus travailler dans l’industrie automobile. Mais, c’est bien la faillite de cette dernière qui va provoquer son effondrement d’aujourd’hui, où elle ne recense plus que 700 000 habitants.

La débâcle totale de la construction automobile américaine, qui a perdu plusieurs centaines de milliers d’emplois en quelques années seulement, a fait que cette ville de Détroit, qui est devenue un véritable champ de ruines et de friches industrielles, et où rendez-vous compte, plus de 67 000 habitations ont été saisies en moins de trois ans, vient de se déclarer officiellement “en faillite”...! Ceci, selon une procédure tout à fait exceptionnelle, dont on espère que mettant momentanément fin à certaines procédure de recouvrement de dettes, elle permettra à la municipalité qui croule sous le poids de celles-ci, de reprendre un semblant d’administration d’une ville où certains quartiers sont déjà privés d’électricité, et d’autres, carrément de toute surveillance policière...

Detroit n’est plus, sa gloire industrielle n’est plus, et il ne lui reste plus que cet impressionnant siège de la “General Motors”, qui constitue un vestige de sa toute puissance. Cependant, si elle n’est plus habitée aujourd’hui pour l’essentiel, que par des fantômes, il y reste une population qui tente une expérience originale et passionnante de vivre autrement, dans les ruines de cette ville, par la création par exemple d’espaces potagers, pour parvenir à sa suffisance alimentaire, et par d’autres champs d’expérience encore...

Il nous faudra surveiller les avancées de ces nouveaux pionniers, car nul doute que nous en apprendrons, et peut-être feront-ils naitre un nouveau rêve de Détroit, et une nouvelle espérance à partager par toutes les sociétés telles que la grecques, l’espagnole et la portugaise, et peut-être bientôt nous-mêmes, sinistrées par l’ultra libéralisme...


Paris, le 19 juillet 2013
Richard Pulvar