samedi 20 juillet 2013

COMPRENDRE ENFIN QUE LE REFUS DE L’AUTRE, EST EN FAIT UN REFUS “D’IDENTITE”



Si la passionnante question de “l’identité”, fait actuellement l’objet en France d’un débat encore plus stupide que malsain, c’est parce que celui-ci est le fait de gens que nous savons sectaires, mais surtout devenus totalement ignorants de leur propre langue...

Car, tel que l’exprime directement ce terme, “l’identité”, c’est l’ensemble des caractères d’un fait, que celui-ci possède “à l’identique” avec une pluralité d’autres, selon un arrangement qui lui est propre.

Ceci signifie très clairement que si elle lui est spécifique en tant “qu’arrangement” particulier, l’identité d’un fait ne peut manquer de se constituer avec un apport de caractères en provenance d’autres, par rapport auxquels ces caractères sont précisément identifiables.

La procédure d’identification consiste en effet à rapporter un fait à son semblable, et s’il se pouvait un fait qui n’aurait strictement rien de semblable avec aucun autre, parce qu’il ne se serait fait de rien en provenance d’autre, ce fait n’aurait aucune identité...

Comme représentant emblématique des châteaux de la Loire, le magnifique château de Chambord fait bien sûr partie de l’identité culturelle française. Cependant, il fut conçu pour l’essentiel par un architecte italien, Domenico Barnabei da Cortona, dit “le Boccador”, que l’on voit sur cette photo, auteur également de l’hôtel de ville de Paris, et qui, en collaboration avec des architectes français, lui a donné cet aspect si particulier par rapport aux autres châteaux de la Loire, c’est-à-dire son “identité”.

C’est donc de ce “mélange” qu’est née une identité, et ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il en est forcément ainsi pour tous les cas “d’identité”, laquelle ne peut se construire sans “altérité”.

Observons en effet que le flamboyant Palais d’Hiver de Saint Petersburg, qui fut le théâtre d’un des principaux événements de la révolution d’octobre, et qui abrite aujourd’hui le célèbre musée de l’Hermitage, est lui aussi l’œuvre d’un génie italien, l’architecte Rastrelli. Or, il est manifeste qu’on ne trouve en Italie même, l’équivalent, ni du château de Chambord, ni du Palais d’hiver, et que ce sont des conditions locales, alliées au génie italien qui ont permis ces merveilles...

On pourrait citer également la statue de la Liberté, qui est pourtant l’œuvre du sculpteur français Bartholdi, mais qui participe indéniablement de l’identité des Etats Unis, et qui a trouvé son identité propre, sur son piédestal dans la baie de l’Hudson, tout comme l’impressionnant Christ Rédempteur, œuvre du sculpteur français lui aussi, Paul Landowski, qui, juché au sommet du Corcovado, domine la baie de Rio, et qui participe ainsi totalement à l’identité de cette ville et même à celle du Brésil.

Tout ceci pour dire que prétendre comme le font ces hommes politiques mal inspirés, constituer un identité nationale sans les autres, la prétendre figée, et vouloir défendre celle-ci par le rejet des autres, constitue en plus d’une malfaisance raciste évidente, une totale absurdité...

Ainsi, l’identité de la France ne s’est-elle construite tout au long des siècles que comme un “bel arrangement”, bien sûr enrichi ensuite sur place, d’éléments venu de toutes parts, à commencer par les éléments essentiels de sa langue, venus d’Italie, de sa croyance, venus d’Orient, de ses sciences, venus du bassin de la Méditerranée, et de nombreux autres caractères tels que la culture de la vigne qui l’a rendue célèbre, et qui fut importée en ce pays par des Grecs de l’antiquité.

Aujourd’hui, les étals débordants des épiceries arabes, tout comme les marchands maliens de colifichets et les femmes en boubous sur les marchés, les boutiquiers et les restaurateurs indiens ou chinois, les productions artistiques, littéraires, et cinématographiques, de citoyens originaires d’ailleurs, la pratique des arts martiaux asiatiques et des méditations orientale, les confession de l’islam et du bouddhisme, les nouvelles habitudes festives et culinaires, la population bigarrée aux attaches multiples et le grand métissage, font bel et bien désormais partie de la nouvelle identité française, qui l’est précisément selon cet arrangement.

Et toute la question se trouve là, faisons-nous aujourd’hui le meilleur arrangement possible de tout les éléments de notre nouvelle identité ?

Il est manifeste que non, parce que les choses n’ont aucune chance de bien “se passer”, quand d’une façon stupide et obsédée, toute la politique d’un pays fut de tenter de faire depuis près de quarante ans, en fermant vainement les frontières, qu’elles “ne se passent pas”. Ceci, plutôt que d’accompagner ce mouvement dont il est pourtant facile de comprendre qu’il est inéluctable, compte tenu de ce que fut l’histoire de ce pays.

Et c’est bien ce refus craintif et acharné de l’autre, en prétendant ainsi contre toute raison, s’opposer au vent de l’histoire qui, parce qu’il n’a pas permis que celle-ci se construise correctement, est à l’origine de la totale faiblesse actuelle de l’identité française, dont certains fanfarons ont prétendu se faire les ouvriers qui la couleraient dans le bronze pour l’éternité, mais dont en réalité plus personne n’est en mesure de dire ce qu’elle est exactement.

Notons d’ailleurs que c’est malheureusement cette perte d’identité qui, ne permettant pas que puissent être formulées des exigences selon elle, afin que tous puissent s’y obliger par le fait de se savoir y participer, est à l’origine de tous les désordres et de toutes les défaites qui accablent les habitants des quartiers, en privant ainsi la nation du besoin pourtant urgent qu’elle avait, qu’ils réussissent absolument...

Il est temps de sortir de ce désordre conceptuel en comprenant que la nation ne se construira pas autrement qu’avec ses éléments, ceux qui sont déjà présents en elle, et qu’il nous faut maintenant mettre le maximum d’intelligence et de bonne volonté, pour en faire enfin selon le meilleur arrangement, notre identité...


Paris, le 11 Juillet 2013
Richard Pulvar