dimanche 18 août 2013

LA DEVISE ET LE DRAPEAU



Nous connaissons leur historicité, mais il y a cependant un “au-delà” insoupçonné de celle-ci.

En ces temps de tumulte où, avant qu’une tentative bien mal inspirée par ses proches, de faire fuir le Roi mais stoppée à Varennes, ne viennent tout remettre en cause, la nation tentait encore de s’établir en une monarchie constitutionnelle, le Roi ayant fait sienne la cocarde bleue et rouge des révolutionnaires, aux couleurs de la ville de Paris, ceux-ci y ajoutèrent alors la couleur blanche de la monarchie, la bannière tricolore était née.

Quant à la devise nationale, c’est à “l’incorruptible”, Maximilien Robespierre que nous la devons. Ce n’est pas lui qui a rassemblé ces trois termes, car en cette période, ils se trouvaient fréquemment employés avec plusieurs autres, dans de nombreuses proclamations. Mais c’est à lui que nous devons leur restriction à ces trois là et dans cet ordre, comme titre introductif de ce qui devait être pour lui un important discours, que malheureusement il n’eut même pas l’occasion de prononcer, à cause du couperet fatal de la guillotine...

Cependant, par delà ces histoires, et même si beaucoup ne veulent résolument s’en tenir quant à l’explication des choses, qu’aux aspects formels et évidents de celles-ci, en se préservant de toute considération “métaphysique” qu’ils jugent irrationnelle, il y a pourtant tout ce qui établit, probablement du fait de son haut “patronage”, une notable singularité de l’histoire de ce pays de France, dans le cortège des nations, dont se moque d’ailleurs éperdument la grande majorité des Français eux-mêmes, et qui relève de ce qu’il convient bien d’appeler un “ésotérisme” des événements historiques.

Selon une approche de cet ésotérisme, le blanc est la couleur qui symbolise la pureté, la virginité, mais aussi la stérilité, le néant, et corrélativement, l’espace dégagé de ce qui est “clair”, de ce qui est “libre” et ne fait l’objet d’aucune charge, autrement dit, de ce qui est “franc”, et constituait donc logiquement, la couleur de la monarchie française.

Le bleu et le rouge, qu’il conviendrait plus exactement de dire, “l’indigo”, qui est un bleu sombre violacé, et le “carmin”, qui est un rouge vif, constituent quant à eux les couleurs extrêmes de l’arc-en-ciel, lesquelles résultent de la “polarisation” de la lumière blanche, autrement dit d’une décomposition “orientée” de cette couleur blanche qui contient toutes les autres, en ses composantes de couleurs, depuis le carmin jusqu’à l’indigo.

Cette polarisation de la lumière blanche établit comme telle, un sens “obligé” de la réalisation de ses différentes composantes, laquelle s’opère par déduction les unes des autres, et ce sens obligé de leur révélation, sous une attraction qui tend à en produire davantage, c’est à dire jusqu’à un “au-delà” d’elles, se trouve balisé par l’indigo situé en limite de leur réalisation, et établi a contrario, un sens “interdit”, celui qui tendrait à un “en deçà” d’elles, balisé quant à lui par le carmin, en début de leur réalisation.

Il vient de cette polarisation, même si cela se fait intuitivement, et donc confusément, que le bleu constitue pour nous une couleur “d’obligation”, et le rouge constitue une couleur “d’interdiction”. Il est remarquable à ce sujet que dans cette écriture idéographique internationale qui traduit en panneaux le code de la route, tout les panneaux d’obligation, tels que sens obligé, sens unique, ou sens giratoire, sont avec fond bleu ou cernés de bleu, et que tous les panneaux d’interdiction tels que celle de stationner, de dépasser, ou de sens interdit, sont sur fond rouge ou cernés de rouge.

L’ésotérisme du drapeau tricolore, qui confirme la particularité de l’histoire de France, réside dans le fait que la “liberté”, symbolisée par la couleur blanche, si elle demeurait conçue comme un absolu, c’est-à-dire “indéterminée”, ainsi que l’envisagent toutes les brêles politico-médiatiques qui évoquent à toutes les occasions “la liberté”, sans rien en dire de plus, ne signifierait strictement rien de positif puisqu’au nom d’une liberté absolue, les malfaisants pourraient revendiquer leur liberté d’exercer. C’est d’ailleurs ce qui nous vaut tous les excès actuels de ce que l’on nomme justement, dans le sens de la revendication pour entreprendre, d’une liberté indéterminée, le “libéralisme”.

Toute la subtilité de ce drapeau, c’est qu’il établit la liberté, couleur blanche, dans sa “positivité”, en étant déterminée, autrement dit “délimitée”, entre le bleu et le rouge, ce qui revient à signifier clairement, qu’il ne peut y avoir positivement liberté, que déterminée entre ce à quoi les individus s’obligent, selon le bleu d’obligation, et ce inversement que les individus s’interdisent, selon le rouge d’interdiction.

Il est clair que pas une autre bannière au monde ne se prête à ce genre d’explication, et qu’une “intelligence”, en a réglé la réalisation historique...

Il en fut de même pour la devise nationale dont on ne soupçonne pas a priori, qu’elle est strictement cohérente au drapeau tricolore.

Là encore il s’agit de “liberté”, qui si elle n’est pas contenue, confine fatalement selon le libéralisme, à l’inégalité, et d’une volonté d’établir “l’égalité” qui, si on désire en faire une stricte application, conduira à prendre des mesures autoritaires, donc liberticides, et finalement “totalitaire”, comme l’a tristement illustré, la malheureuse expérience marxiste...

La difficulté réside alors dans le fait que hors de nos choix affectifs, et des différentes conventions établies entre nous selon ces choix, il n’existe aucun repère objectif pour pouvoir établir les limites qui doivent être celles de la liberté, et de la recherche d’égalité. C’est donc dans la recherche précautionneuse du meilleur arrangement entre nous, selon nos préférences affectives, et par le dialogue amical, autrement dit, selon la “fraternité”, qu’il nous est possible de “convenir” de ce que doivent être les limites à fixer à la liberté, et à la légitime revendication d’égalité.

Ainsi, la devise nationale nous enseigne qu’il n’y a aucune liberté, ni aucune égalité, possibles, sans la fraternité. Or, il s’agit en ce troisième volet du célèbre triptyque, de celui dont justement, tous ceux qui se revendiquent du premier, en se disant à droite, ou du second, en se disant à gauche, se moquent éperdument.

La difficulté provient du fait que les Français d’aujourd’hui, tels qu’ils s’acceptent dans leur “décadence tranquille”, et tels que l’intelligence qui guide ce pays depuis toujours, constitue un concept qui leur passe à dix mille mètres au dessus de la tête, sont désormais bien en deçà de ce qu’est leur France et qu’ils ont oublié...

Cependant, même ceux qui ne s’y entendent pas en métaphysique, peuvent et doivent prendre conscience que les gouvernements comme celui d’aujourd’hui, ou comme son rival l’ayant précédé, qui ne roulent que pour leur clientèle et pour leur clan, sont des traitres à la nation, à sa devise, à son drapeau, et à son “esprit”...


Paris, le 15 août 2013
Richard Pulvar