dimanche 28 avril 2013

“ KA ”, OU, QUAND UN CONCEPT DU PASSE, EXPLIQUE LA REALITE DU PRESENT

                                                 

Il est représenté par une paire de bras levés vers le ciel. Il apparait dès les origines de l’écriture égyptienne, et le seul fait d’un concept aussi hautement sophistiqué que celui de ce “Ka”, dès ces époques reculées, et dont on voit bien comme pour les autres glyphes, l’évolution du graphisme, mais pas celle de la signification, suffit à prouver qu’il y a eu une antériorité à l’Egypte ancienne. Car, à moins de la révélation soudaine d’un tel principe par un illustre législateur inconnu, inspiré par le ciel, pour que cette civilisation ait pu disposer d’une telle explication des choses dès ses premiers piétinements, c’est qu’il y en a forcément eu une autre qui l’a précédée, qu’il nous reste alors à découvrir, qui a eu quant à elle le temps d’aller aussi loin que cela, et dont cette Egypte a hérité.

Il serait intéressant pour eux et pour tout le continent, que des Africains décident de se vouer à cette noble tâche, d’aller remuer de fond en comble les immensités du grand désert, qui était une région fertile avant que le régime des moussons qui l’arrosait ne disparaisse, pour des raisons qui sont justement liées à ce Ka. Car, c’est probablement dans ces endroits, sous quelque immense dune silencieuse et secrète, que se trouvent enfouis les fabuleux vestiges d’une brillante civilisation passée.

En quoi cette affaire de Ka nous concerne-t-elle ?

C’est parce que depuis quelques années déjà, sous l’influence d’un parti politique très activiste qui était alors réputé extrémiste, mais auquel pour des raisons de calcul électoral, les autres ont promptement emboité le pas, la société française s’est abandonnée à une idéologie du refus aveugle et systématique de “l’altérité” et de la “diversité”, alors même que celles-ci étaient rendues encore plus nécessaires, par l’ouverture au monde qu’impliquait la poursuite historique de l’aventure humaine, vers la voie de l’universalité.

Bien sûr, l’altérité et la diversité se sont imposées malgré tout à cette société, mais d’une façon très insuffisante, et dans les pires conditions, puisqu’elles ne furent pas désirées. Or, en ayant à ce point “contrarié” la détermination logique de cette société à “devenir” autre, afin paradoxalement de pouvoir “demeurer”, laquelle détermination se trouve induite en cette collectivité par un phénomène, le Ka, généralement ignoré, ce refus irresponsable aura eu des conséquences dramatiques et vertigineuses, et malheureusement sans jamais que ce qui en constitue la véritable cause ne soit jamais soupçonné. Ceci, quant à la bonne santé de “l’être” que constitue, et on l’oublie trop souvent, une société en tant que personne morale.

L’ironie du destin c’est que si nous voulons comprendre maintenant, par delà les apparences de leurs développements occasionnels tels que ceux-ci meublent l’actualité, les raisons profondes des incertitudes angoissantes qui pèsent aujourd’hui sur notre avenir, il nous faut revenir à des considérations millénaires, liées au concept du Ka.

Que voulaient donc signifier par ce glyphe, les anciens Egyptiens ?

Pour les égyptologues, il s’agirait de ce qu’ils nomment le “double métaphysique”, c’est-à-dire quelque chose qu’il nous faudrait comprendre en quelque sorte, comme étant “l’âme” de l’individu. Il est remarquable qu’ils ne se mouillent pas trop avec cette explication.  Car, à partir de la compréhension intuitive que nous avons de ce qu’est une âme, que certains situent au sein même de l’individu de son vivant, et dont il est clair que nous ne saurions a priori rien en dire d’autre que le fait qu’il s’agit de la “métaphysique” qui sous-tend l’être de cet individu, ceci leur épargne d’avoir à en dire beaucoup plus...

En réalité il s’agit en ce Ka, d’un tropisme, et plus précisément du “tropisme céleste”, ce que les naturalistes d’aujourd’hui appellent improprement le “géotropisme négatif”, parce qu’il exerce en opposition du “géotropisme” qui est responsable entre autres, de la pousse vers le bas des racines des plantes. Les naturalistes désignent en effet par “tropisme”, l’exercice qui préside à l’orientation et à la croissance du vivant, et qui est en fait une “attraction”. Or, comme telle, celle-ci est forcément directionnelle, sa direction étant déterminée de l’objet sur lequel elle se trouve exercée, vers l’objet qui l’exerce. Partant de là, s’il se pouvait négatif, un tropisme ne serait pas une attraction, mais une “répulsion”, qui ne peut pas être directionnelle puisqu’elle s’exerce de l’objet qui l’exerce, vers tout autre que ce soit, et où qu’il soit.

Il est facile de comprendre que les naturalistes qui se veulent hommes de science, répugnent à utiliser, compte tenu de la charge sémantique logiquement ésotérique de celle-ci, l’appellation “tropisme céleste”. Mais, en tout état de cause, le concept d’un tropisme négatif constitue un non sens, et il ne peut s’agir en un tropisme de sens opposé au géotropisme, donc au tropisme terrestre, que d’un tropisme céleste, et c’est bien ainsi que nous le désignerons ici.

L’autre raison de ne pas accepter l’appellation géotropisme négatif, c’est qu’elle laisse croire que son opposition au géotropisme est une simple opposition de sens. Cependant, ce dernier possède en réalité une finalité centripète, puisqu’il est dirigé vers le centre de la Terre, de sorte que selon la pluralité des objets qui lui sont soumis tout autour de cette Terre, il confine à provoquer un effet de rassemblement et de “concentration” curieusement “isotrope”, c'est-à-dire allant vers, ou provenant de, toutes les directions.

Ce à quoi il nous faut être attentif ici, c’est que ce que nous identifions comme étant le “géotropisme”, selon la pousse vers le bas des racines d’une plante par exemple, n’est en fin de compte que la manifestation sur le vivant, d’une détermination que nous connaissons par ailleurs comme étant tout simplement la “gravitation”. Or, celle-ci correspond à la tendance centripète selon laquelle d’une façon générale, une pluralité de parties se trouve constituée en la singularité d’un tout, autrement d’un “entier“, comme en n’en formant plus que “une”.

Ainsi, par delà ses manifestations partielles et occasionnelles comme sur notre Terre, la croissance des plantes vers le bas, il s’agit finalement en ce que nous disons géotropisme, de la tendance fondamentale selon laquelle se constituent des entiers dans notre univers, que nous pourrions désigner pour son implication centripète et cumulative comme étant le “gain”, ou à la façon des anciens, “Ga”, ou “Gé”, ainsi que les Grecs désignaient notre Terre.

La singularité de l’entier constitue donc la finalité du géotropisme qui n’est en réalité rien d’autre que le “fait de terre” des “écritures”, lesquelles nous enseignent bien que Adam fut “fait de terre”, pour nous signifier que celui-ci fut fait comme une entier indivis, autrement dit, comme un “individu”.

Dès lors, l’opposition de la tendance à la “singularité” et à “l’entier” que constitue le géotropisme, est une tendance à la “pluralité” et à la “disparité”, que la qualité “négatif”, attribué à celui-ci ne suffit pas à traduire, d’où l’intérêt de parler clairement concernant le Ka, de “tropisme céleste”. Et ceci, d’autant que c’est justement selon lui que fut nommé comme étant le “lieu de la disparité”, selon la forme “ka-el (caelus)”, ce que nous nommons le “ciel”.

C’est bien ce Ka qui, parce qu’il nous détermine à “l’au-delà”, selon une acception de ce terme qu’il nous faudra alors expliciter, donne le “sens” absolument nécessaire à nos êtres, c’est-à-dire celui du “temps”, dont nous sommes a priori loin d’imaginer qu’il doit leur être signifié. C’est donc lui qui sous-tend le fait des êtres et dans cette compréhension des choses, en faire comme les égyptologues, ce qui les anime, c’est à dire leur âme, n’est pas incohérent.

Cependant, cette définition du Ka est bien trop réductrice car celui-ci possède des implications, physiques, culturelles, sociologiques et métaphysiques, absolument stupéfiantes de modernité, puisqu’elles font écho à des concepts scientifiques de notre époque, dont nous peinons à imaginer a priori, comment ils ont pu faire l’objet d’une préoccupation des anciens, et c’est à lui que nous devons entre autres, notre station debout, notre langage articulé, notre sens humain de la normalité, notre investigation...

En fait, le Ka est cet exercice par lequel “l’au-delà” nous détermine à lui, selon une procédure de “religion”, dans une acception de ce terme bien éloignée de l’habituelle, et qu’il nous faut là aussi expliciter. C’est lui qui fait que par une contradiction de notre “animalité”, se réalise notre “humanité”. Et, n’en déplaise à tous ceux qui ne veulent voir en “l’humain” qu’un animal parmi les autres, la spécificité de celui-ci c’est qu’il est le siège de “scrupules”, quant à un ordre préférentiel des choses, ce qui n’est en aucune façon la préoccupation de l’animal, et qu’il devient par cela le producteur d’un ordre contraire à l’ordre “naturel” des choses, qui est un ordre “culturel” de celles-ci.

Disons finalement que le Ka est ce qui, à partir des simples animaux que nous étions, à fait de nous des humains, c’est à dire des êtres bipèdes, animés d’une culture, et soumis à des obligations morales. Nous sommes là bien éloignés des schémas darwiniens qui voudraient que nous ne soyons que les résultats d’une interaction avec notre environnement, même si toutes les apparences vont dans ce sens.

Bien sûr il faudrait des pages et des pages pour pouvoir correctement justifier et expliciter dans tous ses aspects et dans toutes ses implications, ce qu’est le Ka. Mais, quant à ce qui nous concerne plus particulièrement ici, ce qu’il nous importe c’est de comprendre et de retenir que c’est selon lui que se trouve établie la détermination “culturelle” spécifique de l’humain, et par-là, sa “socialisation” et la bonne tenue de sa “société”. Ceci, selon une détermination qui donne un “sens” à cette société et à ses individus au sein de celle-ci. Or, la forte contestation d’une des finalités de cette détermination qui est “l’altérité”, et qui a impliqué la contestation involontaire mais corrélative d’une autre, à savoir la “pluralité”, aura provoqué mais sans alerte, une perte dévastatrice du sens dans cette société, et d’une façon totalement insoupçonnée, une perte de la “cohésion” entre les différents membres de celle-ci.

Il est remarquable en effet, que c’est bien suite à la montée d’un sentiment xénophobe, ayant conduit à l’instauration dans ce pays d’un véritable “racisme d’état”, lequel s’est donné pour titre la “lutte contre l’immigration”, qu’on va voir apparaitre la “dénatalité”, qui est un refus de la pluralité logique de celui de l’altérité, qui constituent des aspects solidaires du Ka.

Moins évident, mais tout aussi réel, le fait que cette xénophobie va “mécaniquement” s’accompagner d’une défaite culturelle, qui rendra ce pays de moins en moins capable de régler ses difficultés sociales et économiques, et qui pire que tout, va provoquer la mésentente graduelle entre citoyens, dans toutes les strates et les institutions de cette société.

Il est remarquable à ce sujet que dans la représentation graphique égyptienne du Ka, les bras levés vers le ciel signalent bien le fait d’une tendance vers celui-ci, et confirment qu’il s’agit bien d’un tropisme céleste, mais ces bras sont à la fois semblables, et dissemblables puisque symétriques, et ils sont directement liés l’un à l’autre pour signifier leur solidarité fonctionnelle. Ce que les Egyptiens nous montrent ainsi, c’est que ce n’est paradoxalement  qu’à condition d’une “différence” minimale entre les êtres, qu’il peut y avoir “ressemblance” de ceux-ci, c’est à dire une capacité à ce qu’ils puissent être “rassemblés”.

Ainsi selon le Ka, et contrairement à ce que proclament les xénophobes à partir d’une notion erronée de ce en quoi consiste l’identité, différence et ressemblance “vont de paire”.

Tout ceci revient à dire que c’est à la faveur de leur “diversité” tout autant qu’à la faveur de leur “identité”, qu’il est possible aux membres d’une collectivité d’être positivement “rassemblés” et solidarisés en celle-ci, car ce rassemblement nécessite qu’il y ait un degré suffisant de “complémentarité” entre eux, par ce que possèdent les uns et que ne possèdent pas les autres.

D’autre part, ainsi que le signifiait déjà en son temps le sage égyptien, il s’avère que :

“ Rien n’agit qui ne soit composé...”

Et c’est bien la capacité “dynamique”, autrement dit “bi-nominale”, du rapport entre deux contraires, tel que le haut et le bas d’une installation hydraulique, le chaud et le froid d’une installation thermique, le plus et le moins d’une installation électrique, qu’évoque aussi directement le glyphe du Ka, avec ses deux bras contraires vigoureux, solidarisés selon une dynamique établie entre eux.

Or, il se trouve qu’une société isolée ou fermée, tend à se réaliser naturellement selon une “uniformité” stérilisante, et il est manifeste que les sociétés les plus archaïques qui existent encore de nos jours, sont celles qui ont le moins subi “d’altération”, certains diront “d’aliénation”, par le fait des autres.

C’est contre ce repli sur soi, si cher aux “identitaires”, mais si désastreux quant au devenir d’un peuple, qu’a lutté en son temps avec succès, l’empereur Mutsu-Hito du Japon, qui à partir de 1868, va ouvrir ce pays au monde occidental en inaugurant l’ère dite “Meiji”, c’est-à-dire celle du “gouvernement éclairé”, en refusant très habilement ses missionnaires, mais en faisant largement appel à ses ingénieurs et ses gestionnaires, pour moderniser le pays. Cette profonde “altération” aura pour effet de faire passer le Japon en moins d’un siècle, d’une société qui était encore à l’ère féodale, à une société située la pointe de la modernité.

C’est selon cette même nécessité de s’ouvrir aux autres, afin de “s’altérer” selon eux, autrement dit de devenir enfin autre chose grâce à eux, et de se “dynamiser” à leur contact,  qui va conduire aux politiques d’ouverture menée en Chine par Deng Xiaoping, et en Russie par Mikhaïl Gorbatchev, ces deux nations étant aujourd’hui parmi les plus dynamiques.

Mais c’est totalement à contre courant de cette quête d’altérité, que la France et avec elle une grande partie des nations européennes, vont s’employer à bétonner leurs frontières pour que des immigrés ne s’en viennent pas apporter chez elles, toute la “misère du monde” que, selon l’état d’esprit xénophobe qui s’est emparé de tout ce continent, ils sont censés, non pas abandonner dans leur pays d’origine, mais trainer fatalement avec eux jusqu’ici, comme si cette misère leur étant liée d’une façon génétique.

Or, c’est cette Europe xénophobe et pour ce qui nous concerne, la France, qui se trouve aujourd’hui naufragée, et bien peu parmi les citoyens de ce pays sont à l’heure de prendre conscience, que c’est bien cette xénophobie à laquelle ils se sont adonnés avec tant de délectation durant tant d’années, qu’ils paient aujourd’hui à un prix absolument exorbitant.

Car, alors qu’un discours archaïque sur l’identité nationale, l’exhortait à se maintenir coûte que coute à ce qu’il était déjà, voire à ce qu’il était auparavant, et donc à ne plus rien devenir d’autre, ce refus de tout ce qui lui était autre n’a pas permis à ce pays de devenir à temps, positivement autre chose, pour pouvoir affronter les défis nouveaux de notre temps. De plus, par un phénomène insoupçonné, ceci a gravement porté atteinte à sa natalité, le condamnant à devenir depuis un pays de plus en plus vieillissant.

Bien sûr, il lui aurait fallu des dirigeants particulièrement talentueux, pour que ce pays puisse réussir l’intégration de migrants dont le standard de vie se trouvait si éloigné du nôtre, mais il s’agissait là d’une entreprise tout à fait à la portée d’une grande nation, pour peu qu’elle l’aurait souhaité, ce qui pour sa plus grande difficulté d’aujourd’hui, ne fut pas le cas.

Le plus grotesque de tout cela, c’est que c’est avec l’argument du chômage qu’on va s’appliquer à justifier la fermeture des frontières, alors que c’est précisément à cause de cette fermeture intervenue en 1974, suite au premier choc pétrolier, en prévision d’une récession qui s’annonçait, que le chômage va s’établir d’une façon croissante et définitive dans ce pays. Ceci, parce que des pans entiers de l’activité économique, lesquels soutenant les autres, ne pouvaient se faire et ne se faisaient jusqu’alors, qu’avec de la main d’œuvre immigrée. Ces activités ont finalement tout simplement cessé pour la plupart d’entre elles, certaines ayant été délocalisées pour retrouver ailleurs la main d’œuvre bon marché qu’elle ne trouvaient plus ici.

En plus d’avoir provoqué une désolante désindustrialisation du pays, par la rupture de la continuité et de la diversité du tissus industriel, ces baisses d’activité par manque de main d’œuvre bon marché, mais dont on n’a pas reconnu la cause pour ne pas ouvrir les frontières, ont initié le cercle vicieux par lequel une baisse d’activité dans un secteur, provoque celle des autres secteurs et ainsi de suite, jusqu’à cette situation déplorable qui est aujourd’hui la nôtre.

D’autre part, cette fermeture des frontières ne permettant plus comme par le passé, l’approvisionnement immédiat et gratuit d’hommes jeunes venus d’ailleurs et déjà prêts pour le travail, va provoquer l’incohérence démographique de ce pays devenu désormais un pays de vieillards, dans lequel le rapport du poids de la population dite justement “à charge”, est devenu écrasant sur les épaules de la population dite “active”. Ceci entraine une charge irréductible qui vient alourdir le coût du travail, ce qui ne permet pas aux entrepreneurs qui emploient de la main d’œuvre, d’atteindre les niveaux de productivité qu’impose aujourd’hui la concurrence internationale.

En fait, dès le départ, ce pays n’avait aucune chance de s’en sortir frontières fermées, tout simplement parce qu’il ne se peut nulle part dans notre univers un quelconque “être”, serait-ce celui d’un état, sans la nécessité pour lui d’un “autre”, et il est manifeste qu’il ne s’en est pas sorti, et qu’il ne semble pas prêt de s’en sortir...
Il est plus que temps aujourd’hui qu’advienne enfin un “gouvernement éclairé”, pour nous sortir de cette xénophobie suicidaire, en comprenant que ce ne sont rien de moins que les lois qui régissent notre univers, qui font que la voie actuellement poursuivie est sans issue...

Comprendre maintenant le rapport du Ka à cette “altérité” dont l’absolue nécessité à été ignorée par des hommes politiques mal inspirés, c’est comprendre que le géotropisme auquel il s’oppose, la tendance à l’entier, est la tendance à “être”, puisqu’il ne se peut d’être, que constitué de parties rassemblées en un entier comme si elles n’en formaient plus qu’une.

 Tel qu’il s’oppose ainsi à cette tendance à être et donc à la constance de cet être, le Ka constitue bien la tendance de cet être à devenir “autre”, c’est à dire la tendance à “l’altérité”. Ceci, selon sa manifestation vers le ciel, c’est à dire vers ce qui est “élevé”, ce qui en latin se dit “altus”.

L’altérité est une condition du devenir, et donc de l’avenir d’une nation, de sorte que celle qui se réfugie dans un repli identitaire se prive tout simplement d’en avoir.

En fait, en disant ici que le Ka nous détermine à l’au-delà selon un exercice de celui-ci sur nous, toute la subtilité de cette affaire réside dans la bonne compréhension de cette expression, “l’au-delà”, selon sa double acception spatiale et temporelle.

Dans son acception spatiale, il s’agit en l’au-delà, du lieu d’une disposition des choses, au-delà de leur constitution “sous forme” d’entier, c’est-à-dire telles qu’elles se réalisent selon leur “disparité”. Ceci par une “restitution” de leurs parties qui est symétrique à ce que fut leur “constitution” de ces parties, en “entités”, à partir de leur disparité préalable.

Ceci signifie simplement que c’est par leur constitution “sous forme”, que s’est produit “l’accès” des choses en “existence”, et c’est donc logiquement selon leur restitution au-delà de forme, donc “hors de forme”,  que se produit leur “décès” de cette existence.

Dans son acception temporelle, il s’agit cette fois en l’au-delà, de la disposition des choses situées au-delà de leur actualité présente, c’est-à-dire situées en fait, dans “l’avenir”.

Dans cette compréhension des choses, l’entier sous forme est l’état de l’être “présent”, et la disparité hors de forme est l’état de l’être “à venir”, et le Ka, cette tendance à l’altérité, à la pluralité, et à la disparité, est donc tout simplement la tendance à “l’avenir”. Il s’agit donc bien de l’exercice qui sous-tend “l’être” des individus, tout comme celui de leur collectivité, que les responsables politiques ont alors la lourde charge de maintenir “vivante”, c’est-à-dire capable de “devenir” autre, afin de se maintenir dans le temps.

Bien sûr il aurait encore tant de choses passionnantes à dire et à approfondir à ce sujet, mais cela prendrait des pages. Une prochaine fois peut-être...

Pour l’heure, ce qu’il nous faut retenir de tout cela, c’est que tels qu’ils auraient à répondre à l’énigme que leur pose le Sphinx, les hommes politique doivent se savoir et se souvenir qu’ils sont soumis au “règles du temps”, sous peine de se faire dévorer par le Sphinx. Ceci pour dire qu’une politique ne peut pas être vouée à satisfaire l’idéologie xénophobe qui s’emparerait d’une nation à un instant, car il y a une autorité bien supérieure à celle des racistes quant à la conduite des affaires, qui est celle implacable du “temps”, qui ruinera toutes les tentatives de ceux qui prétendront se jouer de son exigence d’altérité...

Il vaut mieux le comprendre, justement, à temps…


                                            Paris, le 11 avril 2013
                                                 Richard Pulvar