mercredi 9 mai 2012

L’HEURE NE SEMBLE PAS ENCORE VENUE, POUR UN NOUVEAU MESSAGE



Les humanistes et les progressistes en seront pour leur espérances, car, au vu de l’extrême pauvreté des débats, et de la constance mécanique des comportements partisans, qui ont concouru à donner sa forme à cette élection présidentielle désenchantée, il semble assez clairement que l’heure pour que puisse être accueilli un tout nouveau message, ne soit pas encore venue. Ceci, pour la raison claire que ce nouveau message n’est même pas attendu.

On aurait pu croire cependant, que les grandes difficultés auxquelles ont à faire face nos concitoyens, que les terribles échéances qu’ils savent les attendre, au vu du spectacle désolant de ceux des autres Européens qui se trouvent déjà broyés par la machine infernale, et que la totale vanité de tout ce qu’ont tenté, ou ont semblé tenter de mettre en œuvre contre elle, des gouvernements de tous bords dans différents pays, et dont nous avons pu constater qu’ils ne constituaient en fait, que des rouages de cette machine, auraient conduit ces concitoyens à un salvateur questionnement.

Ceci, quant à savoir s’il n’était pas enfin venu le temps, vu les urgences, de se montrer un instant raisonnable et responsable, et cesser de s’enivrer de ce délicieux mensonge qu’ils s’offrent à eux-mêmes. Celui-ci consiste à se convaincre que parce qu’issu de leur clan, un nouvel élu, figure emblématique de “l’apparatchik”, tenant d’une doctrine “énarquienne”, dont la mise en œuvre nous vaut de nous trouver dans l’actuel désarroi, pourrait être celui qui s’en viendrait contester celle-ci, pour que ces difficiles questions trouvent enfin une réponse...

Mais il n’en fut rien, et ce furent cette fois encore, les mêmes et éternels réflexes archaïques, de proclamation narcissique et obscène de supériorité de leur clan, et de désir indigne d’une action gouvernementale afin de leur seule satisfaction, serait-ce au détriment des autres, qui ont conduit les uns, à soutenir un sortant, pour conserver à travers lui un sentiment de possession du pouvoir, malgré son bilan catastrophique, et les autres, à soutenir son concurrent, afin de ravir à ceux d’en face, cette jouissance de se réclamer du pouvoir et par cela même, d’un clan supérieur, malgré l’extrême pauvreté de son programme.

Il est clair cependant, que par delà quelques accommodements sectoriels, il n’y a aucune possibilité pour que la politique menée par le nouveau venu, soit fondamentalement différente de celle qui fut poursuivie par son prédécesseur. Et ceci, pour des raisons qui ne tiennent ni à l’un, ni à l’autre, et encore moins aux clans respectifs qui les soutiennent, mais pour des raisons qui sont tout simplement logique d’un “système”, lequel possède évidement une logique fonctionnelle, qui ne peut être mise en cause que par une remise en question de tout ce système lui-même, ce qu’aucun des deux candidats au fauteuil n’avait proposé.

Pour ne pas avoir voulu renoncer aux délices de leur détestation réciproque, et de leurs affrontements traditionnels, les partisans bornés des deux partis gouvernementaux de gauche, et de droite, ont finalement enfermé notre société dans une “schizophrénie” totale, celle qui consiste à attendre par la mise en œuvre d’un mécanisme qui leur pose problème, que celui-ci finisse par créer leur faveur, en changeant simplement celui qui le met en route...

Quelle déraison...!

Cependant, il n’est point besoin d’être expert pour comprendre tout simplement que :
“ C’est précisément par la frustration systématique d’une satisfaction que l’on attend de lui, que fonctionne, et que peut se maintenir, notre actuel système...”

C’est donc une parfaite stupidité, que d’en attendre un règlement possible de nos difficultés, c’est-à-dire de la persistance de différents manques, par son maintien en exercice, puisqu’il n’est justement pas fait pour cela…

Il s’agit d’un système de “marché”, qui n’a de raison d’être que pour permettre par la dynamique d’entreprise qu’il entraine, de mettre fin à des pénuries, mais évidemment pas, à toutes les pénuries. Car, la suppression de celles-ci constituant son “objet”, une persistance malgré cela de pénuries, constitue une nécessité au maintien en exercice de ce système, puisque autrement, celui-ci n’aurait plus d’objet.

Il est en ce sens assez bien adapté, pour des pays où se trouve déjà assuré l’essentiel, c’est à dire l’alimentation de leurs citoyens, étant entendu qu’en deçà de ce stade, d’autres systèmes destinés à mobiliser toutes les énergies pour cet objectif, lui sont concurrents. Il permet alors de mettre en œuvre des entreprises diversifiées, pour la pluralité des produits qui participent au confort de l’existence.

Mais ce système ne vaut strictement plus rien, pour des pays dans lesquels, non seulement l’essentiel est assuré, mais également les éléments d’un confort raisonnable. Car, son mécanisme finit alors par créer, pour qu’il puisse correctement fonctionner, soit des besoins artificiels plus rapidement qu’il ne permet de les satisfaire, pour ne pas tomber en panne “d’objet”, soit de récréer de façon rétrograde, des pénuries là où il ne devrait plus y en avoir, afin de son maintien.

L’exemple emblématique de ce fonctionnement rétrograde du système, est la question du logement dont l’accès est devenu aujourd’hui si difficile, alors qu’il existe pourtant en ce pays, davantage de logements vides, que de mal logés ou de sans-abris. Et ce n’est qu’à condition de cette pénurie artificielle, qu’il peut encore exister un marché du logement.

En réalité, il faudrait totalement changer de système social et économique, mais ceci nécessiterait de changer de “mentalité”, c’est à dire de se défaire enfin de celle qui était déjà la nôtre du temps des cavernes, et se rendre disponible pour entendre un autre message, que tous ceux qui justifient une concurrence effrénée entre les individus, afin de la capture, de la possession, et de la suprématie.

Ce dont il doit être question finalement, c’est de voir enfin le triomphe de l’homme “socialisé”, dans le sens précisément sociologique de ce terme, et non pas politique, sur la bête prédatrice que malheureusement, nous demeurons encore...

Nous n’y sommes pas visiblement, car après cette élection, selon un réflexe prédateur, les uns crient victoire, alors que les autres n’attendent que l’occasion d’autres élections, pour rétablir leur suprématie sur les premiers…


Paris, le 9 mai 2012
Richard Pulvar