jeudi 5 septembre 2013

QUAND ELLE PREND DES FORMES PAISIBLES ET DEMOCRATIQUES, C’EST ALORS QUE LA DICTATURE DEVIENT LA PLUS REDOUTABLE



Soyons clairs, au sens stricte du terme, c’est à dire telle que nous l’envisageons selon la formule habituelle comme étant “ l’exercice du pouvoir ( kratos ), par le peuple ( démos ) ”, la “démocratie” n’existe pas, n’a jamais existé, et ne le peut pas. Car, en admettant l’idée que “la nation est une et indivisible“, se rapportant à celle-ci, les décisions prises selon cette voie démocratique devraient être en toute rigueur et dans tous les cas, “unanimistes”, ce qui n’a aucune chance de se produire, et fort heureusement...

Il est temps d’en finir enfin avec cette facilité mensongère qui consiste à prétendre que quant une décision ou un projet se trouve accepté par 50,1 % des suffrages exprimés, qu’il s’agit là d’une décision du peuple souverain, puisqu’il ne s’agit que de la moitié des suffrages exprimés parmi les votants, qui ne constituent eux-mêmes qu’une partie des inscrits, desquels sont d’ailleurs exclus les immigrés qui ne sont pas censés faire partie du peuple, même si malgré tout ils se trouvent là, en plein milieu de lui. Car, le peuple ne peut pas être réduit à cette partie de lui, souvent minoritaire, et qui exerce alors un pouvoir contre toutes les autres, pour que les décisions de celle-ci puissent être ainsi proclamées abusivement comme étant la “volonté du peuple”.

Cette supercherie est d’autant plus grossière que dans le cas d’une élection, et sauf concernant quelques roitelets locaux qui soignent depuis des années leur clientèle électorale, ces scores majoritaires sont des scores de second tour, donc de second choix pour beaucoup d’électeurs qui créent alors un artifice de choix majoritaire, par le fait que beaucoup d’entre eux font tout simplement celui du candidat qui à leurs yeux, est le moins détestable.

Si nous prenons par exemple l’élection présidentielle de 2012 en France, l’ineffable “élu” ne fit au premier tour, celui du vrai choix, que 28,6%, d’environ 75% de suffrages exprimés par rapport aux inscrits, en déduisant près de 6% de bulletins blancs et nuls sur un taux de participation de 80%. Or, en tant que candidat, loin d’avoir été choisi dès le début, sinon par la totalité, mais pour le moins par une large majorité de son parti, il était issu en fait d’une primaire où il n’obtint au premier tour que 39% des voix, lesquelles représentent en réalité la seule véritable frange de l’électorat ayant fait clairement et dès le début, le choix de cet homme si improbable et singulier, pour conduire la nation vers la voie de la félicité.

Il s’agit donc d’un homme qui n’aura été réellement choisi sans hésitation et sans état d’âme que par 39% d’une primaire d’un parti obtenant sous son nom 28,6% dans un premier tour sur 75% des inscrits, par leur suffrage exprimé, ce qui tout calcul fait, donne en tout et pour tout aux environs de 8% seulement de l’électorat, pas même un malheureux électeur sur dix, pour avoir fait sans réserve le véritable choix de cet homme pour président...

Tout le reste, jusqu’aux 51,5% des voix qui lui accorderont la victoire, avec cependant dès le départ, près de la moitié du pays résolument braquée contre lui, ne sera le résultat que d’un vote de résignation, de la part d’électeurs soucieux d’éviter le pire tel que celui-ci se trouvait alors représenté par l’ignoble nabot sortant. Les électeurs ont donc voulu éviter ce pire, et ceci, à une époque où ils ne soupçonnaient pas une seule seconde qu’il pouvait exister un pire que le pire, ce que pourtant nous constatons depuis quelques mois avec stupéfaction...!

Qu’on ne vienne donc pas nous dire avec l’élection de cet homme qui ne représente la pleine satisfaction du choix que de 8% seulement des citoyens de ce pays jouissant du droit de vote, qu’il s’agit là d’une expression du peuple souverain, afin d’un exercice du pouvoir par celui-ci...

En fait, il ne s’agit en cette histoire de démocratie que d’une élégante mascarade, et nous en avons une parfaite illustration dans l’actualité d’aujourd’hui puisqu’il se trouve que notre flamboyant porte-avion, étant enfin sorti de chez le garagiste, s’est porté promptement menaçant au large des côtes de la Syrie, ce qui ne correspond certainement pas à une volonté du peuple qui quant à lui, est farouchement opposé à 79% de l’opinion, à toute entreprise guerrière dans cette région. Ou alors, il nous faudrait constater que ce porte-avion autiste, ne comprend absolument rien à ce que le peuple lui demande de faire...

Notons bien cependant, que pour être une mascarade, celle-ci s’est révélée très utile, et à constitué un élément décisif de l’évolution positive de nos sociétés humaines, puisqu’il s’agit en ce que par convention et faute d’un autre terme, nous appelons encore la démocratie, de l’application civilisée, pacifiée, codifiée, ritualisé, et finalement rendue par cela acceptable, de ce qui n’est rien d’autre et qui est demeurée tout simplement la “loi du plus fort”.

Tout le progrès de cette disposition tient dans le fait du nouveau mode de désignation du plus fort, qui ne consiste plus en les échauffourées sanglantes d’autrefois qui couronnaient celui qui avait le plus de biceps, mais qui malheureusement n’était pas forcément le mieux inspiré. Non, il s’agit aujourd’hui de celui qui tout d’abord, après une lutte fratricide contre ceux de son propre clan qui lui feraient concurrence et dans laquelle tous les coups et toutes les trahisons sont permis, parvient à les devancer. Il lui reste alors, par une efficace couverture médiatique de ses boniments que l’on appelle faire de la communication, par le dénigrement de ses concurrents en les faisant pourquoi pas, calomnier en sous-main, par les promesses d’un programme de père Noël qui n’engage que les falots qui y croient, et surtout par l’appel aux plus bas instincts des électeurs comme l’utilisation de la xénophobie, qui est devenue la constante des campagnes électorales, à rassembler sur son nom plus de voix que les autres.

C’est donc lui le plus fort, et même si nous comprenons bien qu’il y a peu de chance que des hommes d’honneur puissent triompher d’un tel concours, il sera réputé représenter par ses actes, la volonté du peuple. Il exercera alors un pouvoir sans partage puisqu’il ne se trouvera que sous le contrôle de parlementaires dont il peut ruiner à tout instant la carrière politique, et tous ceux qui ne sont pas d’accord, déclareront l’obligation qui est la leur de respecter selon les mécanismes démocratiques, les orientations d’un programme dont les citoyens sont censés avoir pris connaissance avant de voter, même si rien de ce programme ne se réalise, et même si rien de ce qui se fait, tel que le fait d’engager le pays dans des guerres, n’y était inscrit...

C’est précisément cette nécessité qu’il y ait un plus fort pour qu’il puisse mettre tout le monde au pas, et certainement pas pour qu’il se fasse l’exécuteur de la volonté populaire qui explique que, s’éloignant totalement des tentatives démocratiques de la 4eme république avec un parlement constitué en “proportion” des suffrages, mais incapable ainsi de définir un plus fort qui le soit suffisamment pour mater les autres, les concepteurs de notre 5eme république ont imaginé l’astuce du scrutin d’arrondissement qui, par un effet multiplicateur favorisant encore ce plus fort, permet de faire comme s’il était effectivement majoritaire, pour que son exercice sans partage du pouvoir puisse malgré tout conserver un air démocratique.

C’est ainsi qu’avec 35% seulement des voix et en plus, un savant découpage électoral, il est possible à un gouvernement d’obtenir une très confortable majorité au parlement qui le rend alors totalement indifférent aux tempêtes et aux motions de censure qui traduiraient un mécontentement populaire. Et de fait, sous cette 5eme république, il n’y eut jamais ni un parti, ni une coalition de partis ayant exercé le pouvoir, en représentant plus de 40% de l’électorat, de sorte que depuis le début de cette république, le pays n’a été gouverné que par des minorités, et ceci, au nom de la démocratie...!

Cependant, si toutes ces simagrées de démocratie ont eu un tel succès, puisqu’elles ont effectivement pacifié les espaces politiques des nations européennes, c’est à cause de cet accord tacite qui consiste à dire en substance :

“Acceptons ce mode électoral de définition du plus fort, et plions nous volontiers à sa loi, pour ne pas que nous risquions d’en revenir au mode ancien tel qu’il se faisait à coup de masses d’arme sur les crânes, car nous risquerions d’avoir bien vite tous très mal à la tête”.

Finalement cette convention n’était pas si mal, mais elle comportait par le fait même de sa justification, laquelle se fait au prétexte démocratique, deux dangers qui vont nous conduire dans les difficultés que nous connaissons aujourd’hui.

Il y a tout d’abord le fait que pour presque la totalité des citoyens, le fait majoritaire suffit selon eux au constat de démocratie. Ceci signifie qu’il suffit selon eux, qu’à la faveur d’une consultation libre, le peuple accorde majoritairement sa caution au projet qui lui est proposé, pour considérer qu’il s’agit en cette procédure, d’une démarche démocratique permettant la libre expression de la volonté du peuple. Cependant, ils manquent de remarquer que parmi les plus redoutables dictatures, nous en trouvons plusieurs qui furent ainsi établies, donc le plus démocratiquement du monde.

C’est ainsi que le dictateur Milosevic fut non seulement démocratiquement, mais de plus triomphalement élu, puis réélu trois fois de suite, sur son projet de soumettre toutes les autres nations de l’ex-Yougoslavie, dans ce qui fut dit la “Grande Serbie” et qui par le fait même, assurait aux Serbes d’avoir la primauté sur les autres peuples. Ce projet donna lieu à de gigantesques manifestations de soutien, enthousiastes, où fleurissaient les drapeaux dans les rues de Belgrade, et, assuré de ce soutien “démocratique”, Milosevic n’hésitera pas à engager la force armée pour contraindre les peuples résistants.

De la même façon, après avoir à la surprise générale gagné triomphalement les élections législatives de 1933, et avoir donc été nommé chancelier du Reich, Adolf Hitler soumit en 1934 sa politique à un plébiscite, et il obtint le chiffre ahurissant qui rendrait jaloux plus d’un homme politique, de 79 % de soutien de la part des Allemands, à cette politique !

On peut donc bien raconter ce que l’on veut, mais si il y eut dès le début de farouches opposants à la politique d’Hitler que celui-ci a éliminés avec une extrême férocité, ce fut au prétexte démocratique, puisqu’une très large majorité d’Allemands avaient quant à eux voulu l’application de cette politique, et en tout état de cause, le régime nazi qui fut ainsi instauré en Allemagne était de ce point de vue strictement démocratique, en tant que voulu par le peuple.

Ce dont il faut bien prendre conscience et une bonne fois à ce sujet, pour ne plus nous éterniser dans les égarements qui sont les nôtres aujourd’hui, c’est que contrairement à ce que s’imaginent encore bien trop de gens, il n’existe absolument pas d’antinomie fondamentale entre la dictature et la démocratie. Car, il existe en réalité deux catégories de dictateurs, celle tout d’abord du “chef autoproclamé”, généralement par un coup d’état, et que des aspirations démocratiques peuvent contester et mobiliser contre lui. Mais il existe une autre catégorie beaucoup plus redoutable, celle du “chef plébiscité”, tel que le furent Adolf Hitler et bien d’autres qu’on a manqué jusqu’ici d’identifier formellement comme étant bien des dictateurs, parce que justement cette catégorie se trouve établie selon des procédures démocratiques. Etant ainsi soutenue par le peuple, elle ne peut être combattue que par de vaillants résistants ayant pris la pleine mesure de la situation dans laquelle se trouvait leur nation.

Ainsi, avant qu’elles n’aient fait d’énormes ravages permettant de constater leur vraie nature, comme ce fut le cas de l’Allemagne nazie, les dictatures de chefs plébiscités, soit lors de leur élection, soit pour certains aspects très sensibles de leur politique tels que la politique de l’immigration ou la politique étrangère, et qu’il convient bien de désigner techniquement comme étant des “dictatures démocratiques”, ne sont jamais identifiées comme étant des dictatures puisqu'elles sont tranquillement issues des urnes. Et ceci, même si leur malfaisance, en particulier les haines raciales et sociales qu’elles entretiennent, et les guerres incessantes auxquelles elles s’adonnent, pourraient et devraient constituer chez les hommes honnêtes, la base d’un questionnement critique à leur égard.

Il est d’ailleurs remarquable à ce sujet qu’à quelques notables exceptions près, telles que Mao-Tsé-Toung avec les affaires de Corée et du Viet Nam, et le général Videla avec l’affaire des iles Malouines, d’une façon générale les chefs autoproclamés n’engagent jamais leur nation dans des guerres contre leurs voisins et encore moins contre des nations lointaines. Il s’agit là de la malfaisance presque exclusive des “dictatures démocratiques” qui s’ignorent comme telles, convaincues que leur vertu démocratique suffit à la vérité et à la justice.

Ceci, parce que l’établissement de leur large base démocratique, dont la forme très consensuelle sur certains sujets s’apparente mécaniquement à une forme de “socialisme”, s’opère selon le discours du chef qui offre à ses ouailles des minorités à détester pour leur race, leur religion, ou leurs origines, ce dont le caractère sectaire s’apparente à une forme de “nationalisme”, tâche peu reluisante qu’il délègue habituellement à son ministre de l’intérieur, et des nations à agresser au prétexte de libérer leurs peuples de la malfaisance de leurs chefs autoproclamés.

Comprenons alors que cette intolérance qui ne veut, ni voir des hommes différents chez soi, ni davantage les voir différents chez eux, découle logiquement du fait que l’idéal démocratique, c’est à dire “l’unanimisme”, confine fatalement au “totalitarisme” et que dans ces conditions, les prétendues démocraties qui se négligent, en manquant d’entretenir une base idéologique humaniste comme cadre de leur exercice, deviennent fatalement des dictature démocratiques qui réunies en cartel comme ceux du Nato, constituent une véritable “dictature internationale”.

Ainsi, les citoyens des nations qui n’ont de cesse de se targuer d’être des démocraties, se transforment-ils sans même s’en rendre compte, au fur et à mesure qu’ils s’auto-célèbrent à travers leur système politique, en véritables “nazis” qui s’ignorent, précisément grâce à leur justification démocratique. Mais, ils sont parfaitement identifiables comme tels, dès lors qu’ils proclament que hors d’être comme eux il n’y a point de salut, et que, dans le suivisme de leurs gouvernants, ils se croient fondés à s’en aller massacrer tout autour de la planète, pour faire le bonheur des peuples que par le fait ils traitent comme étant inférieurs, en se persuadant qu’il leur faut absolument venir en aide à ces peuples, pour que ceux-ci puissent se réaliser.

Et c’est là qu’intervient le second danger du mensonge démocratique.

C’est sur une base totalement “fantasmatique”, totalement stupide et mensongère quant à ce qui constitue leur système dont ils ne mesurent pas qu’il est en réalité “totalitaire”, que ces gens se donnent pour mission d’en faire bénéficier qu’ils le veulent ou non, les autres. Ces gens se croient libres, simplement parce qu’il ne portent ni chaines ni entraves, compte tenus qu’avec leurs redoutables instruments médiatiques de déprogrammation, les puissants leur ont enchainé la cervelle depuis longtemps, en les rendant tels que nous les constatons, totalement incapables de lever le plus petit doigt contre un système qui pourtant les oppresse de plus en plus. Ils se font alors les mercenaires zélés de leur obscurs “maitres de conscience”.

Il ne suffit donc que de leur dire qu’il se trouve de l’autre coté de la planète, des veuves et des orphelins éplorés, et de nombreuses victimes civiles martyrisée par d’odieux tyrans, pour qu’en soutenant toutes les malpropretés que leurs gouvernements accomplissent en leur nom, ils se vivent en combattants d’un “jihad” démocratique, chargés de porter leurs “lumières” aux peuples qui en étaient privés. Ainsi, après avoir massacré les peuples pour leur apporter la vraie foi, puis la civilisation, voici donc la dernière justification des massacres s’opérant toujours par les mêmes, porter la démocratie aux autres peuples qui n’ont pourtant absolument rien demandé, et qui ne demande qu’une chose, qu’on ne leur apporte plus rien...!

Car, il se trouve tout simplement que les autres peuples, qui ne ses saoulent pas avec toutes ces illusions démocratiques, ont d’autres moyens que toutes ces salamalecs de scrutin, où les puissants ont placé à toutes les têtes de listes des hommes à eux, et où par une grande habileté manœuvrière, 8% seulement d’électeurs finissent par se faire représenter par les deux tiers d’un parlement croupion, pour établir le plus fort de chez eux.

Pour les uns, le plus fort est tout simplement le fils de celui qui l’a précédé, pour les autres, il s’agit d’un guerrier qui est parvenu à s’emparer du pouvoir. C’est leur méthode, c’est leur nation, c’est leur vie, c’est leurs affaires, et c’est leur destinée, et s’ils veulent en changer, comme certains autres l’ont fait en 1789, ils n’ont point besoin pas davantage que ceux là, qu’on s’en vienne massacrer chez eux au prétexte de les libérer...


Paris, le 31 août 2013
Richard Pulvar