vendredi 8 février 2013

UNE GUERRE DE FANTOMES


Trois semaines seulement auraient semble-t-il suffit pour que par une campagne éclair, une puissante et implacable armée française, fasse déguerpir l’envahisseur “djihadiste” des principales villes du nord du Mali.
L’ampleur des moyens mis en œuvre tant en hommes qu’en matériels, de même que la grande expérience de ces hommes, dont certains se trouvaient déjà en mission sur d’autres bases en Afrique et qui, tout au long de ces dernières années, ont été si souvent en opération, pourraient sembler suffire à l’explication de ce succès.

Cependant, comparé aux déconvenues qui, dans de tels conflits dits “asymétriques”, ont suivi en bien d’autres lieux, des opérations de même genre et de même objet, ce résultat fait réellement figure d’exception.
Compte tenu du manque quasi total d’images, et du faible contenu des informations que nous donne la presse quant au déroulement du conflit sur le terrain, il semble que nous ayons à faire à une guerre de fantômes, ce qui expliquerait que nous n’en voyons par les acteurs, surtout pas les fantômes ennemis, et qui expliquerait surtout qu’il n’y ait pas de bilan de son coût humain, les fantômes comme on le sait, ne craignant ni les balles, ni les bombes.

 Face à ce qu’il nous parait en être des choses selon ce qu’on nous en dit, et aussi selon que qu’on ne nous en dit pas, nous pouvons alors formuler trois hypothèses quant à ce conflit.

La première c’est de considérer tout simplement que compte tenu de sa technicité, de son armement, et de la vaillance de ses soldats, l’armée française aurait flanqué une raclée mémorable aux polichinelles barbus, lesquels n’y reviendront pas de sitôt. Et si tel est le cas, nous devons nous en féliciter, tant de voir les populations débarrassées de ces malfaisants, que de constater que les nations possèdent malgré tout, des moyens efficaces pour les combattre.

Cependant, il est clair que nous n’avons absolument rien vu ni rien entendu, des furieux affrontements que cela suppose, avec les images de destruction des positions et des matériels ennemis en proie aux flammes, les cortèges de maquisards dont on espère qu’ils ont été faits prisonniers et non “détruits”, selon l’expression inadaptée du président, et les secours portés aux blessés, puisqu’on s’attend à ce qu’il y ait eu malheureusement parmi nos soldats, au moins un blessé au doigt de pied, dans de telles échauffourées...

La seconde hypothèse c’est que conscients qu’ils n’avaient pas l’avantage du terrain, les barbus ont décidé de se retrancher dans les montagnes, pour pouvoir y mener une toute autre guerre. Si c’est le cas, nous le saurons bientôt, et notre vision sereine des choses risque alors de changer.

Cependant, il existe une troisième hypothèse qui est bien sûr un peu perverse, je vous le concède, mais l’incertitude qui se trouve établie par la grande différence entre ce qui nous est montré quant à la promptitude du règlement du problème, et ce qui nous fut dit au départ, quant à sa tragique difficulté, nous autorise à nous inquiéter de savoir s’il n’y a pas dans toute cette affaire, pour partie au moins, une “arnaque”, quant à la présentation qui nous en est faite, comme si pour la mise en scène de celle-ci, on avait fait appel à Spielberg ou à Cameron.

Les maquisards étaient-ils tout d’abord aussi nombreux et redoutables qu’on nous l’a dit, même s’il est indéniable, puisqu’on nous a montré leurs équipements, qu’ils étaient assez puissamment armés, et ce, avec même quelques blindés légers, qu’ils ne se sont certainement pas procurés auprès de quelques trafiquants d’armes à dos de chameau dans le désert. Ont-ils dès lors abandonné leur positions et reculé, parce que pris d’effroi, ou parce que de secrets arrangements avaient prévu ce déroulement ?

Si c’est le cas, nous le saurons aussi un jour, mais bien plus tardivement...

                                                                              
                                          Paris, le 1er février 2013
                                                  Richard Pulvar