lundi 3 décembre 2012

LA SOUFFRANCE D’UNE SOUS-FRANCE

                   
Ces hommes sont-ils la cause de notre actuel désarroi ?

Non bien sûr, mais ils en sont par leur total égarement, la parfaite représentation.

Les atermoiements d’un président de la république qui, ne sachant plus à quel saint se vouer, finit par n’avoir d’oreille que pour ceux qui bénéficient de puissants porte-voix auprès de lui, les crispations d’un ministre de l’intérieur dont l’affichage de fermeté tel qu’il se veut dissuasif, montre au contraire sa crainte à tout instant, de perdre le contrôle de la situation, et les rodomontades d’un nouveau “Tartarin”, qui veut faire passer ses pitreries et ses coups de gueule, pour une politique industrielle, nous révèlent qu’en réalité, nous sommes bien loin d’être réellement “gouvernés”.

Quant à l’opposition, elle ne peut en rien constituer un recours éventuel, compte tenu que par delà ses sarcasmes, elle demeure privée de tout discours politique construit, incapable qu’elle se sait de par son bilan accablant des cinq dernières années, de pouvoir apporter quelque solution que ce soit aux redoutables problèmes qui nous étreignent. Elle se saborde alors elle-même, par un furieux combat de chefs.
Dès lors, quelle doit être notre attitude ?

Nous devons avoir tout d’abord le courage de constater enfin, malgré les dénégations stupides de ce fait par certains, que notre nation se trouve désormais bel et bien “en deçà” de ce qui devrait être normalement son statut, compte tenu de son histoire, de son impressionnant bagage culturel, et de la grande qualité de ses citoyens. Et, pour parler directement, nous devons constater que nous sommes bel et bien entrés dans une phase de “décadence” de notre société, et ce n’est qu’en en ayant pleinement conscience, que nous pourrons nous préserver la moindre chance d’en réchapper.

Nous devons ensuite cesser de nous défausser sur ceux qui, compte tenu d’un désolant vide historique d’une élite authentique, se sont substitués à celle-ci, en comprenant qu’il n’y a aucune raison pour que les choses se passent mieux au niveau des équipes dirigeantes, qu’elles ne se passent dans le reste de la société, et il est clair à ce sujet que, mêmes si les dysfonctionnements y sont alors moins bruyants, les choses ne se passent pas mieux en cette dernière.

En réalité, nous souffrons collectivement d’une incohérence comportementale, qui est tout simplement logique d’une incohérence conceptuelle, celle de la représentation que les citoyens de ce pays, pour l’instant encore nominalement “occidentaux”, se font d’eux-mêmes, de leur nation, et de la nouvelle réalité du monde, qui visiblement leur échappe totalement.

Ceci pour dire que c’est bien la nation tout entière, et non pas seulement les équipes dirigeantes, qui marche totalement “à coté de ses pompes”. Et ceci curieusement, à cause de cette formidable accélération que les occidentaux ont imprimé à un monde qu’aujourd’hui, comble de l’ironie, ils ne parviennent plus à suivre...

Ce sont en effet les occidentaux qui ont engagé la planète toute entière dans la course folle de la mondialisation, parce qu’alors ils pensaient devenir seigneurs sur cette Terre. Mais, ce sont bien les instruments civils, institutionnels, culturels, scientifiques, technologiques et économiques, des occidentaux, repris avec bonheur par ceux des pays dits “émergents”, qui leur permettent de mener cette échappée dans la course au développement, que les nations occidentales réfugiées dans un “gruppetto”, rechignent à pourchasser.

Ceci, parce que ces changement brutaux les privent les humains d’une indispensable “familiarité”, à la fois avec leur cadre, et de leur mode de vie, et bien des citoyens font en ce moment l’amère expérience du fait que sans cette familiarité, et quelques seraient par ailleurs les avantages matériels d’une nouvelle situation, il ne peut y avoir de sentiment de “bien être”. Car, pour cela, il faut que les objets et les dispositions adoptées et appréciées comme étant satisfaisantes, demeurent suffisamment, pour procurer ce bien être...

Ceci signifie tout simplement qu’il faut logiquement du “temps”, pour “bien être”, et qu’il arrive un moment où la course folle au développement, aves les changements systématiques et incessants qu’elle entraine, se traduit par une “ruine” de ce bon temps.

Il sera toujours possible lors d’une consultation, de renoncer à cette course folle, et pour cela, de réfléchir aux formes à adopter d’une nouvelle sagesse sociale, hors de la brutalité des changements incessants, étant cependant bien entendu que ceci ne provoquera pas un retour à l’antériorité des transformations considérables qui se sont déjà opérées dans ce pays, et particulièrement, sa grande modification démographique.

Comprenons une bonne fois que rien n’ira dans ce pays, si une moitié de la population n’ayant rien décidé, puisqu’elle n’a tout simplement jamais été consulté à ce sujet, ne sait pas où elle va, et où l’autre moitié refuse obstinément d’aller là ou les profiteurs veulent l’entrainer...

Il est temps d’ouvrir le vaste débat national, en comprenant que les développements ahurissants de notre actualité signifient que nous continuons notre plongeon vers les abysses, avec ceci que nous ne tarderons pas à toucher enfin le fond, avec alors l’opportunité de remonter.

C’est à cette remontée qu’il nous faut déjà penser et nous préparer, en oubliant le reste.


                         Paris, les 27 novembre 2012
                               Richard Pulvar