mercredi 4 janvier 2012

VOICI LA LOI UNIVERSELLE QUI CONDAMNE NOS SOCIETES D’EGOISTES, IL FAUT ETRE “DEUX”, POUR FAIRE “UN”




Le “bien être”, celui-là même après lequel nous courrons tous, c’est le sentiment de l’individu dans la “plénitude” de son être. Toute notre illusion est alors de croire que cet être se peut par le simple fait de lui-même. Cependant, en étant attentif à notre propre expression, dans la formulation : “par quoi se peut l’être ? ” la nécessité de “parité” nécessaire pour cet exercice se trouve exprimée par la préposition “par” elle-même, qui suppose un “moyen” autre que lui, qui rend cet être “possible”, et avec lequel dès lors, il forme nécessairement une “paire”, afin de son simple fait.

Nous nous retrouvons ici, face à un des plus anciens et des plus redoutables, parmi les grands problèmes métaphysiques, qui ont agité les cervelles des penseurs depuis des lustres, et qui concerne la question si controversée de “l’objet en soi”, c’est à dire tel qu’en lui-même, selon son simple fait, donc sans nécessité d’autre pour être, existe-t-il ?

En fait, il s’agit ici d’une controverse quant à savoir s’il s’agit en la réalité d’un objet, de cet objet “selon lui-même” ou de cet objet “selon nous”, et par delà bien-sûr, la question de savoir si pareillement il s’agit en l’être, ce celui-ci selon lui-même, ou de celui-ci selon nous. Elle fut introduite par le “sceptique” grec Timon l’ancien, qui faisait remarquer que :

“ le miel est doux à l’homme sain, mais il est amer pour l’homme malade”

Il se posait alors la question de savoir “quel est le véritable goût du miel ?”, et par delà, de savoir si le miel possédait par lui-même un goût, et s’il ne possédait pas de qualité par lui-même, qu’en était-il de sa réalité ?

Ce questionnement rejoignait d’une certaine façon, la controverse qui opposa Platon, qui prétendait que le lieu de la vérité “inaccessible”, se situait “au-delà” de nous, donc que les choses se peuvent sans nous, à Aristote qui situait le lieu de la vérité “ici-bas”, de sorte qu’il n’y avait pas de vérité, et donc de réalité des choses, sans nous, sans que cela nous concerne.

Rien ne nous est plus spontané, que le concept intuitif de l’objet en soi, et même si nous admettons qu’il faut bien qu’autre chose le produise, nous inclinons à croire qu’une fois celui-ci constitué, il demeure tout simplement là, par le seul fait de lui-même, et qu’il s’agit donc de l’objet sans nécessité d’autre, pour “être” et demeurer tel. Nous sommes a priori, très éloignés d’envisager que, tout comme cet objet nécessite d’autre pour sa “circonstance”, c’est à dire pour son émergence, et toutes les modifications dont il peut être précisément l’objet, pareillement il nécessiterait également d’autre pour son simple maintien, pour sa “constance”, parce que celle-ci ne peut manquer d’être “actuelle”.

Cependant, si au lieu de tenter de savoir si l’objet en soi existe, nous nous posons plus exactement la question de savoir “s’il se peut” lui-même, il devient clair que la “potentialité” de l’objet précédant nécessairement sa “réalité”, puisque par définition, la seconde procède de la première, en aucune façon cet objet ne saurait emporter en lui-même, les éléments de sa potentialité, pour ainsi “se pouvoir”, par lui-même.

Nous devrions donc pouvoir conclure aussi simplement que cela, à savoir que l’objet en soi n’existe pas, tout simplement parce qu’il ne se peut pas, selon lui-même, puisqu’il n’est “possible” qu’à la faveur d’un autre. Et ceci, pour en déduire finalement que :

“ un autre le rendant possible, constitue la condition de tout être ”

Exprimé différemment, ceci revient à dire “qu’il ne se peut pas d’être, sans un autre”, et qu’il faut donc être au moins “deux”, pour “être”, de sorte que tout “défaut de son autre”, alors partiel, pour un être, constitue une grave atteinte contre lui.

Si nous n’accédons pas aussi facilement que cela à ce constat, c’est parce que nous manquons à cet instant d’envisager les implications exactes du fait qu’il ne se peut pas d’être, qui ne soit soumis au temps, puisqu’il faut bien que cet être demeure au moins un moment. Or, la soumission au temps de tout être, provoque fatalement son “vieillissement”, c’est à dire qu’elle le condamne à devenir progressivement “autre” que ce qu’il était, en se faisant donc graduellement de cet autre. Ceci signifie qu’un même flux temporel selon “ce qui se passe”, réalise sa circonstance, et sous-tend sa constance, selon l’exercice d’autre qui le rend possible.

Nous comprenons alors que si c’est “l’autre” d’un être, c’est à dire en fait, la totalité de tout ce qui lui est autre, et particulièrement ses semblables, qui le rend “possible”, c’est tout simplement parce que ce n’est qu’à la faveur de ses échanges avec cet autre, qu’il peut “se passer” en l’être, pour que celui-ci se trouve inscrit dans le temps, et donc tout simplement “soit”.

Dans ce schéma, selon une circulation établie entre son autre et lui, l’être “s’altère” (selon “alter”, qui signifie autre) graduellement, en faisant acquisition d’éléments “formels”, c’est à dire matériels, en provenance de son autre. Il s’agit alors des éléments de son alimentation et de sa respiration, dont une partie se trouve consignée sous sa forme, autrement dit en sa chair, et dont une autre partie se trouve rejetée vers cet autre, après qu’elle soit ainsi “passée” par lui, en permettant par-là, que soit assurée une circulation faisant “qu’il se passe”, à la fois “par” et “pour” cet être afin de son inscription dans le temps.

Cet être fait également acquisition d’élément “informels”, c’est à dire immatériels, ou si l’on préfère “d’informations”, en provenance de son autre, par la pluralité de “ses sens”, informations grâce à la gestion desquelles se constitue en son encéphale, “son sens”. Là aussi, cette acquisition d’information se fait selon une circulation en lui de donnée informelles qui constitue sa “pensée”, dont une partie seulement se trouve “conceptualisée”, et parfois consignée en lui selon une “mémoire”, qui va bien au-delà de la seule mémoire conceptuelle, telle que nous comprenons habituellement ce terme, et dont une autre partie se trouve rétrocédée vers son autre, par toutes les formes d’expressions de cet être.

Comprenons maintenant, que ce qui permet cette “communication”, de l’être avec son autre, c’est à dire, le fait d’un être de se constituer avec son autre comme ne formant “qu’un”, c’est un manque fondamental de l’individu, un “vide” initial qui lui permet d’acquérir d’autre, étant bien entendu que si l’être était par lui-même déjà constitué comme un entier, c’est à dire comme étant déjà “un”, il n’aurait ni nécessité, ni précisément “lieu”, de s’acquérir de quoi que ce soit de son autre, il ne se passerait donc rien pour lui, il ne serait pas.

Tout ceci signifie clairement que l’individu, qui n’a déjà d’existence possible, que par le fait d’autres, ce qui implique sa “socialisation”, ne peut atteindre sa plénitude et en cela, son “bien être”, que par une communication “affective”, puisqu’à cette occasion, il s’affecte d’éléments de ces autres, avec ses semblables.

Ainsi, toute rupture de la communication affective des individus d’une société avec leurs semblables, correspond à une atteinte grave portée à leur être, donc à la qualité de leur existence, en leur infligeant un “manque” affectif, qui les rend tels que dit, “à vide”, et qui les déterminent alors à s’acquérir à tout prix et égoïstement, comme nous pouvons le constater, d’éléments matériels qui malheureusement pour eux, ne peuvent en rien combler le vide de leurs “âmes”.

Nous sommes maintenant en mesure de comprendre le désastre que constitue pour nous tous, notre actuelle société d’égoïstes, qui est fatalement une société de la frustration généralisée du bien être, laquelle provoque en nous tous un sentiment de “malaise” confus, que nous sommes alors incapables de nous expliquer à nous mêmes, parce qu’exerçant directement sur la “subjectivité” de notre être selon notre pensée, ce mal, qui ne frappe donc pas que les marginaux visibles, ne possède pas de causes objectives contres lesquelles nous pourrions exercer, pour nous en défaire.

En fait, nous pourrions être tous considérés comme étant des “marginaux de société”, parce qu’il est clair que nous n’en constituons plus une depuis bien longtemps, selon le sens fondamental du terme “socius”, qui désigne l’homme associé avec ses semblables, et nous échappons totalement à une “normalité” qui implique la plénitude de note être. Au lieu d’une véritable société, nous en sommes ainsi réduit à ne plus former qu’une collection de frustrés, non pas selon nos nécessités matérielles, même si c’est maladroitement selon une satisfaction de celles-là, que nous tentons désespérément de combler le vide, mais selon nos nécessités affectives, dont la frustration crée ce mal insidieux qui nous habite, et qui en quelque sorte nous “envoûte”.

Il est clair qu’une telle société étreinte par cette angoissante et indicible insatisfaction, cause d’un manque rendant les individus avide et envieux, et concernant la justification de laquelle, certains s’emploient alors à lui trouver des coupables, ne peut rien nous réserver de bon.
Inquiétons-nous d’en finir avec cette société d’égoïstes qui par le fait, n’en constitue plus véritablement une, car sinon elle nous détruira...

Paris, le 3 janvier 2012
Richard Pulvar