vendredi 18 novembre 2011

QUAND LE MARCHE NE MARCHE PLUS






Pour que nous soyons enfin libérés de ce cancer social que constitue le chômage, la logique immédiate voudrait que nous puissions bénéficier d’un accroissement conséquent d’activité. Dans ce sens, cette augmentation d’activité, tant par la récupération de parts du marché intérieur, que par des avancées sur les marchés extérieurs, exige des gains de productivité afin d’un abaissement concurrentiel des coûts de production, qui ne peuvent s’obtenir tout d’abord, que par la “robotisation” des activités, ce qui dans un premier temps, ne fait qu’augmenter encore le chômage. Et ceci, sans aucune garantie que même si elles le sont, les marges éventuellement réinvesties dans le pays, permettrons de compenser ces pertes par la création de nouvelles activités, dont les produits pour s’imposer, devront eux aussi résulter d’activités à haute productivité, peu pourvoyeuses d’emploi.

L’autre voie, c’est celle d’une réduction des coûts salariaux, par la mise hors jeu des séniors les mieux payés, par une augmentation de la durée du temps de travail, pour ceux qui ont la chance d’en posséder encore un, ce qui, en attendant que les gains de parts de marché, qui ne sont évidemment pas immédiats, soient réalisés, c’est à dire à activité égale, implique fatalement d’une façon ou d’une autre, une réduction des effectifs, et par une réduction des prestations sociales qui, équivalente à une diminution du pouvoir d’achat, se traduit forcément par une diminution du marché intérieur, et finalement par une augmentation du chômage.

Ainsi, cette seconde voie n’offre pas davantage de garantie d’augmentation globale de l’activité que la première, dans un système ou ce sont évidemment les dépenses des uns, qui participent aux salaires des autres.

En fait, ces voies ont été toutes les deux tentées, par nos responsables politiques, avec l’insuccès total que nous constatons, puisque le nombre de chômeurs ne fait que constamment et tristement augmenter.

En réalité, tous ces messieurs pourront toujours faire toutes les cabrioles possibles, en nous infligeant une succession de plans économiques, plus techniques les uns que les autres, pour nous promettre la sortie du tunnel, ce système de “marché”, et c’est bien de cela même dont il s’agit fondamentalement, ne nous permettra jamais, par ce qu’il constitue lui-même, d’atteindre cet objectif poursuivi de plein emploi résultant d’une haute productivité. Et ceci, tout simplement parce que c’est la dynamique de ce marché lui-même, qui aujourd’hui le condamne.

Comprenons ici que le système de “marché”, n’est ni bon ni mauvais en lui-même, ce sont les circonstances de son utilisation qui le rendent adapté ou non. Dans sa pleine efficacité, il correspond à une “période” et à cette période seulement, de l’histoire économique d’une nation, et s’il fait merveille dans les pays dit “émergents”, alors qu’ici il ne débouche sur plus rien de valable, c’est tout simplement parce que ces pays ne se trouvent pas au même “moment” de l’histoire de leur développement économique que nous. Il s’y trouve encore en effet, toutes les pénuries qui font la gloire du marché qui dans ce cas, constitue un instrument très efficace, pour pouvoir lutter contre celles-ci. Mais chez nous, c’est précisément parce que le marché s’est déjà montré très efficace, qu’il ne sert désormais plus à rien, et ne se maintien que par des pratiques “perverses”, tels les mécanismes de certaines institutions économiques, comme par exemple la Politique Agricole Commune (PAC) de l’Union Européenne, qui permettent de recréer artificiellement, les pénuries qui autrefois le justifiait pleinement.

Soyons clairs. Même si nous possédions tout l’argent pour cela, nous n’aurons jamais, ni l’utilité, ni même tout simplement le “temps” nécessaire, pour pouvoir consommer tout le volume considérable de biens et de services, qu’impliquerait au niveau de la planète entière, le plein emploi, allié à une haute productivité, car il ne se trouve justement, physiquement, aucun marché, fut-il mondial, capable d’absorber un tel volume. L’accélération considérable des gains de productivité, grâce justement au marché qui en cela, a logiquement fonctionné contre lui-même, fait qu’aujourd’hui, plein emploi et haute productivité, ne peuvent valoir pour la planète entière, et alors que nous constatons déjà les prémisses de cette nouvelle situation à venir, le jour où les Africains eux aussi s’y mettrons pleinement, et ce jour viendra, ce jour là, même les Chinois souffriront...

C’est donc parce que le marché à parfaitement fonctionné, qu’il a signé par cela même, son propre arrêt de mort. Il n’avait pas plus qu’aucune autre de nos institutions humaines, vocation à l’éternité. Il faut le comprendre, et cesser de s’agiter stupidement dans des opérations basées sur son maintien artificiel, dans un acharnement thérapeutique voué à l’échec, et se préparer en bonne intelligence à sa fin, en faisant fonctionner notre capacité conceptuelle, pour nous donner le nouveau système logique de notre époque, et qui doit le relayer...

Paris, le 16 novembre 2011
Richard Pulvar